Le mythe du cannabis thérapeutique

par | Mar 25, 2026 | Bien-Être | 0 commentaires

(25/03-2026) – Des millions de personnes utilisent le cannabis médical pour gérer leur anxiété, leur dépression ou leur état de stress post-traumatique. Environ 27 % des personnes âgées de 16 à 65 ans aux États-Unis et au Canada déclarent en faire un usage médical, et parmi elles, environ la moitié disent le faire pour gérer des symptômes de santé mentale. La science n’a jamais validé cette pratique, et la plus grande étude jamais réalisée sur le sujet vient de le confirmer.

Ce que l’étude a fait

Des chercheurs de l’Université de Sydney ont passé en revue 54 essais cliniques randomisés conduits partout dans le monde sur une période de 45 ans, de 1980 à 2025. Ce type d’analyse, qu’on appelle une méta-analyse, consiste à agréger les résultats de dizaines d’études pour obtenir une image globale et fiable de ce que la science sait, ou ne sait pas, sur une question donnée. Les résultats ont été publiés dans The Lancet Psychiatry : le cannabis médical ne traite pas efficacement l’anxiété, la dépression, ni le stress post-traumatique.

Le problème va plus loin que l’inefficacité

Le docteur Jack Wilson, auteur principal de l’étude, soulève une préoccupation qui dépasse la simple absence d’effet. L’usage du cannabis pourrait activement aggraver les choses, en augmentant le risque de symptômes psychotiques, en favorisant le développement d’une dépendance au cannabis lui-même, et en retardant le recours à des traitements dont l’efficacité est établie. Pendant qu’on fume ou qu’on prend des capsules en pensant traiter son anxiété, on passe à côté de ce qui pourrait réellement aider.

Ce qui fonctionne, un peu, mais sans certitude

Les chercheurs ont trouvé quelques signaux positifs dans certains domaines : les troubles du sommeil, l’autisme, les tics associés au syndrome de Gilles de la Tourette, et la dépendance au cannabis elle-même, un peu comme la méthadone dans le traitement des opioïdes. Le docteur Wilson souligne cependant que la qualité des preuves pour ces indications reste faible et que sans encadrement médical ou psychologique sérieux, le recours au cannabis pour ces conditions est rarement justifié.

Il y a des domaines où le cannabis médical dispose de preuves solides : la réduction de certaines formes d’épilepsie, la spasticité liée à la sclérose en plaques, la gestion de certains types de douleur. Ce n’est pas de cela dont on parle quand on utilise du cannabis pour calmer son anxiété sociale ou traverser une dépression.

Le cas particulier de la cocaïne

Un résultat mérite d’être mentionné séparément parce qu’il est contre-intuitif et potentiellement dangereux: Chez les personnes souffrant d’une dépendance à la cocaïne, l’utilisation de cannabis a augmenté les envies de consommer et non l’inverse. Le cannabis n’est donc pas une solution de substitution dans ce cas précis et pourrait même aggraver la dépendance.

Pourquoi la réglementation ne suit pas

Le cannabis médical se prescrit, se vend et se consomme à grande échelle pour des indications que la recherche ne valide pas. L’Association médicale américaine s’est inquiétée de cette situation, pointant une régulation insuffisante et une incertitude persistante sur l’efficacité et la sécurité de ces produits. Les chercheurs espèrent que leur analyse servira de base aux cliniciens pour prendre des décisions éclairées, et peut-être freiner une tendance qui consiste à prescrire quelque chose parce que ça semble naturel, parce que les patients le demandent, ou parce que c’est désormais légal dans de nombreux endroits. La légalité et l’efficacité sont deux choses distinctes.

Une question de logique

Le fait que des millions de personnes utilisent le cannabis pour leur anxiété ou leur dépression ne constitue pas une preuve que ça fonctionne. C’est une preuve que beaucoup de personnes le font, ce qui n’a jamais été la même chose. Restez rationnel! (Cyril Malka)

Source : Wilson J. et al., « The efficacy and safety of cannabinoids for the treatment of mental disorders and substance use disorders: a systematic review and meta-analysis », The Lancet Psychiatry, vol. 13, n° 4, p. 304, 2026. DOI: 10.1016/S2215-0366(26)00015-5. Université de Sydney, financé par le NHMRC (National Health and Medical Research Council).

 

 

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