(03/07-2025) – On m’a régulièrement posé la question de la dissonance cognitive. Et je me suis dit que bon, il était temps d’aborder ce sujet qui touche tant de personnes, particulièrement celles qui vivent ou ont vécu des relations compliquées. Parce qu’il y a beaucoup de choses à dire sur toutes les différentes distorsions cognitives qu’on peut avoir, mais la dissonance cognitive est importante spécialement par rapport aux relations, et surtout les relations narcissiques.
Le journal intime de la dissonance
Permettez-moi de prendre un exemple concret. Imaginons que vous teniez un journal tous les jours, vous écrivez un petit peu dans votre journal. Un journal avec de la dissonance cognitive, ça ressemblerait à peu près à ça :
Lundi : Nous avons passé un excellent week-end. C’était amusant. C’était bien. On est allés à la plage. On a eu un dîner amoureux, du sexe fantastique. C’était fantastique. Mon partenaire était formidable. On avait tout simplement passé au travers d’une mauvaise passe. C’était un moment difficile. Ça n’était pas du narcissisme.
Mardi : Rage, manipulation, culpabilisation, mépris, manipulation.
Oui mais bon, il était dans une réunion qui s’est mal passée hier, lundi. Et donc c’est normal. Il est stressé après une journée comme ça. Surtout après un si bon week-end. Il y a eu un bon week-end suivi d’un lundi totalement pourri avec son chef. Il y a un patron qui est vraiment un salaud. Alors bien entendu, je le comprends. C’est normal qu’il soit comme ça. Donc c’est normal.
Mercredi : On a eu un très bon dîner ensemble. Ça s’est très bien passé.
Jeudi : Il est fâché contre moi parce que ma sœur est venue et il ne l’aime pas et ça se passe relativement mal quand elle est là. J’espère qu’on va encore avoir un bon week-end. Je vais vraiment tout faire pour qu’on ait un bon week-end, un excellent week-end. Je vais être parfaite. Je vais tout organiser. Je vais tout arranger. Il est juste en colère parce qu’il a eu une mauvaise semaine mais je comprends. Et moi qui ai invité ma sœur, c’est vrai, j’ai pas réfléchi. J’aurais dû y penser. Moi aussi, j’aurais réagi comme ça.
Vraiment ? Vous êtes sûre que vous auriez réagi pareil ? Vous êtes sûre ?

Quand notre cerveau joue au puzzle
En ce moment, ce que vous faites ou ce qu’on fait dans ce genre de situation est qu’on essaye de raccrocher les pièces les unes aux autres pour que les choses s’assemblent et forment un ensemble cohérent. Et ça, c’est ce qu’on appelle la dissonance cognitive.
En gros, on pourrait dire que c’est un terme technique pour dire tout simplement que c’est le bordel dans votre tête.
Beaucoup d’entre nous sommes experts en dissonance cognitive ou l’ont été. Et c’est en fin de compte quelque chose qu’on fait tout naturellement. Donc il n’y a rien de spécial, de spécialement bizarre à ça. C’est tout à fait normal.
On essaye d’assembler, de donner une cohérence aux choses qui se passent dans notre esprit. C’est un réflexe psychologique tout à fait commun et tout à fait normal. Et surtout quand on est dans une relation narcissique, ça peut devenir compliqué de rendre les choses cohérentes. Et donc on souffre beaucoup sous la dissonance cognitive.
La motivation émotionnelle derrière la justification
En fait, ce qu’on fait, c’est qu’on justifie. On essaie de donner une cohérence et cette justification va être motivée par l’émotion. On veut être dans une bonne relation. On veut être dans une relation considérée comme normale ou heureuse. Et on veut faire partie d’une famille où les choses se passent bien. On aimerait bien faire partie d’un environnement où les choses sont relativement saines et agréables.
Donc lorsque les choses se décalent, comme notre cerveau n’aime pas les choses incohérentes, on essaie de rattraper les choses et de les faire correspondre. Parce que nos cerveaux n’aiment pas les incohérences.
La théorie de la dissonance cognitive, développée par León Festinger en 1957, explique que lorsque les circonstances amènent une personne à agir en désaccord avec ses croyances, cette personne éprouvera un état de tension inconfortable appelé dissonance cognitive. Cette théorie propose que l’incohérence entre les croyances ou les comportements cause une tension psychologique inconfortable, amenant les gens à changer l’un des éléments incohérents pour réduire la dissonance. Et le plus souvent, il est plus facile de changer notre perception que d’accepter la réalité.
Le piège qui retarde la guérison
La dissonance cognitive retarde le point de guérison et retarde votre bien-être et votre meilleur être en quelque sorte.
Les gens restent bloqués en partie ou totalement dans la relation narcissique justement à cause de cette dissonance parce qu’on continue à essayer de trouver une cohérence à ce qui n’en a tout simplement pas.
Alors… C’est bien joli tout ça mais qu’est-ce qu’on peut y faire ?
Il y a plusieurs choses à y faire. Bien entendu, vous pouvez aller en thérapie, mais vous pouvez également essayer d’utiliser cette méthode que je vais vous donner maintenant.
Cette méthode est de vous habituer à la dissonance. Tout simplement.
La méthode : accepter la dissonance plutôt que de la fuir
Ça va être par exemple de vous dire : « Je suis marié à quelqu’un et il ou elle me ment. Il me traite mal. »
Ou alors : « Je viens de passer un très bon week-end avec quelqu’un qui en règle générale est émotionnellement incohérent et manipulateur. »
« Ma mère est froide, ma mère est cruelle, elle est indisponible et je l’aime. » Attention, pas « mais je l’aime » mais « et je l’aime ». Notez bien ça. Ne mettez pas de contradiction.
« Mon fils est manipulateur, il profite de nous et je l’aime. » Ou « ma fille est manipulatrice et profite de nous et je l’aime. »
Oui c’est vrai, il est plus facile de dire : « Ben voilà je suis marié à quelqu’un qui parfois n’est pas parfait, mais personne n’est parfait. Il a vu son père mentir, il a eu une enfance difficile, il a eu tel et tel problème. »
« Oui, nous avons passé un excellent week-end. Je sais qu’il est difficile à gérer mais il est difficile à gérer en ce moment parce que son patron est un connard. »
« Oui, ma mère a toujours fait de son mieux, elle a toujours fait des sacrifices pour nous. »
« Bah oui, j’ai trop gâté notre fils, c’est vrai, c’est de ma faute, je travaillais tout le temps, je ne me suis pas suffisamment occupé de lui, je ne lui ai pas consacré suffisamment de temps. »
La différence fondamentale entre les deux approches
Vous voyez la différence entre les deux ? Dans le second ensemble d’affirmations, déjà d’une part vous évitez la réalité, ce qui est problématique. Mais en plus, vous prenez la responsabilité ou vous donnez la responsabilité à quelqu’un d’autre.
Et si vous commencez à prendre des responsabilités, ce qui vient après, tout simplement, c’est la culpabilisation. Et là vous commencez à vous déplacer sur une pente savonneuse qui va vous mener à aucun endroit de très agréable.
C’est vrai que d’un côté, en voyant la réalité, vous allez avoir une vérité qui est désagréable, qui peut parfois être dégoûtante, qui est difficile.
Mais il est également vrai que de l’autre côté vous avez un truc plutôt rose qui est bardé de culpabilité, qui est bardé de confusion et qui va continuer à l’être parce que vous n’allez jamais pouvoir changer ça, c’est impossible.
Pourquoi choisir la vérité inconfortable
C’est pour ça que je vous propose d’utiliser la première méthode, c’est-à-dire de voir les choses en face, même si elles sont désagréables.
Après on peut toujours dire : « Ben je risque de culpabiliser parce que je me dis que si je reste là-dedans c’est que je suis maso. » Bon ça on peut toujours en reparler parce que c’est pas le cas, mais en tous les cas c’est pas parce que vous êtes maso mais ça vous aidera peut-être à voir pourquoi vous restez, qu’est-ce que ça vous donne et peut-être quelles sont les points sur lesquels il serait bon de travailler.
Si c’est votre indépendance, votre confiance en vous, si c’est certains autres points de votre personnalité, au moins ça vous permettra d’avancer et à la longue ça vous permettra ou bien de pouvoir quitter la relation à un moment donné en vous disant « bon ça y est maintenant je suis prêt, je peux quitter la relation c’est bon on n’en parle plus », ou cela va vous permettre de rester dans la relation plus facilement en vous culpabilisant moins, en souffrant moins, en pouvant mettre quelques limites plus facilement et puis en étant plus objectif.
Éventuellement en vous préparant à une rupture qui risque fort d’arriver parce que vous n’êtes pas seul à penser à la rupture ou à pouvoir envisager la rupture, la personne narcissique peut parfaitement être celle qui rompt.
Un exercice contre nature mais libérateur
C’est difficile parce que la dissonance cognitive comme je vous l’ai dit c’est un principe psychologique qu’on utilise en automatique.
Le fait de vous forcer à vivre dans la dissonance, à faire accepter à votre esprit la dissonance pour voir les choses telles qu’elles sont, c’est quelque chose qui va vous paraître contre nature au premier abord.
Mais c’est quelque chose qui va vous aider à grandir, qui va vous aider à évoluer, qui va vous aider à avancer. C’est quelque chose de désagréable, un peu comme un caillou dans une chaussure, mais c’est quelque chose qui va vous aider à grandir et à guérir.
C’est le grain de sable dans l’huître qui l’agace, qui l’irrite et qui finit par se transformer en perle.
Quand la réalitorsion complique tout
Une des façons dont les choses peuvent être perturbées, ça va être par entre autres la réalitorsion, donc la torsion de la réalité qui justement va agrandir, va renforcer cette dissonance cognitive.
Par exemple l’une d’entre elles, ça va être comment vous pouvez être insulté ou dénigré à un moment donné et puis deux secondes après, vous allez avoir votre narcissique qui va vous demander un bisou ou qui va faire comme si de rien n’était.
Cette réalitorsion crée une confusion supplémentaire dans votre esprit. Vous venez de vivre quelque chose de blessant, de violent émotionnellement, et soudain la personne agit comme si rien ne s’était passé. Votre cerveau essaie désespérément de faire coïncider ces deux réalités incompatibles : la personne qui vient de vous blesser et celle qui maintenant vous demande de l’affection.
Les mécanismes invisibles de la manipulation émotionnelle
Cette alternance entre les moments agréables et les moments difficiles n’est pas anodine. Elle participe à cette fameuse dissonance cognitive qui vous maintient dans un état de confusion permanent. Votre esprit cherche constamment à réconcilier ces expériences contradictoires, et c’est épuisant.
Le problème, c’est que plus vous essayez de donner du sens à ce qui n’en a pas, plus vous vous éloignez de la réalité. Plus vous cherchez des explications rationnelles à des comportements irrationnels, plus vous vous perdez dans un labyrinthe mental dont il devient difficile de sortir.
Et c’est exactement ce que recherche la personne narcissique: vous maintenir dans cet état de confusion où vous ne savez plus ce qui est vrai, ce qui est normal, ce qui est acceptable. Quand vous ne faites plus confiance à votre propre perception de la réalité, vous devenez plus facilement manipulable.
L’importance de nommer les choses
C’est pourquoi il est crucial d’apprendre à nommer les choses comme elles sont, sans chercher à les adoucir ou à les justifier. Quand quelqu’un vous insulte, c’est une insulte. Point. Peu importe s’il a eu une mauvaise journée, si son patron l’a énervé, si sa mère ne l’a pas assez aimé. L’insulte reste une insulte.
Quand quelqu’un vous manipule, c’est de la manipulation. Même s’il le fait avec le sourire, même s’il prétend que c’est pour votre bien, même s’il vous dit qu’il vous aime. La manipulation reste de la manipulation.
Cette clarté de perception est essentielle pour votre santé mentale. Elle vous permet de sortir du brouillard de la dissonance cognitive et de voir la situation telle qu’elle est vraiment.
Les bénéfices à long terme de cette approche
Je sais que c’est difficile au début. Accepter la dissonance, c’est accepter que les choses ne sont pas comme on voudrait qu’elles soient. C’est accepter que la personne qu’on aime peut nous faire du mal. C’est accepter que notre famille n’est peut-être pas aussi parfaite qu’on l’espérait.
Mais cette acceptation, aussi douloureuse soit-elle, est libératrice. Elle vous permet de prendre des décisions éclairées plutôt que des décisions basées sur l’espoir que les choses vont changer magiquement.
Elle vous permet aussi de vous protéger plus efficacement. Quand vous reconnaissez un comportement manipulateur pour ce qu’il est, vous pouvez mettre en place des stratégies pour ne pas en être victime. Quand vous acceptez qu’une personne vous traite mal, vous pouvez décider si vous voulez continuer à l’accepter ou non.
L’évolution de votre relation à la vérité
Au fur et à mesure que vous pratiquez cette approche, vous remarquerez que votre tolérance à la vérité augmente. Ce qui vous semblait insupportable au début devient plus acceptable. Non pas parce que vous devenez insensible, mais parce que vous développez une force intérieure qui vous permet de faire face à la réalité sans vous effondrer.
Cette force vous donne aussi plus de choix. Quand vous n’êtes plus dans le déni, quand vous ne passez plus votre énergie à justifier l’injustifiable, vous libérez de l’espace mental pour réfléchir à ce que vous voulez vraiment dans votre vie.
Vous pouvez commencer à vous poser les bonnes questions : « Est-ce que je veux vraiment continuer à vivre comme ça ? » « Qu’est-ce que je suis prêt à accepter et qu’est-ce que je ne suis pas prêt à accepter ? » « Quelles sont mes limites et comment les faire respecter ? »
La responsabilité personnelle sans culpabilisation
Il y a une différence importante entre prendre ses responsabilités et se culpabiliser. Prendre ses responsabilités, c’est reconnaître votre part dans la situation sans vous flageller. C’est vous demander : « Qu’est-ce que je peux changer dans mon comportement pour améliorer ma situation ? »
Se culpabiliser, c’est se dire que tout est de votre faute, que vous méritez ce qui vous arrive, que vous êtes stupide d’être resté. Cette culpabilisation est destructrice et ne vous aide pas à avancer.
La différence est subtile mais importante. La responsabilité vous donne du pouvoir d’action. La culpabilisation vous paralyse.
Comment sortir du cycle
Sortir du cycle de la dissonance cognitive demande de la patience avec soi-même. C’est un processus qui prend du temps, et il est normal d’avoir des rechutes. Il est normal de retomber parfois dans les vieilles habitudes de justification et de rationalisation.
L’important, c’est de ne pas vous juger quand cela arrive. Observez simplement ce qui se passe dans votre tête, prenez note de vos mécanismes de défense, et ramenez-vous doucement à la réalité.
Avec le temps, vous développerez une sorte de détecteur interne qui vous alertera quand vous commencez à glisser vers la dissonance cognitive. Vous apprendrez à reconnaître les signaux d’alarme et à rectifier le tir plus rapidement.
Le grain de sable qui devient perle
Comme je l’ai dit, c’est le grain de sable dans l’huître qui l’agace, qui l’irrite et qui finit par se transformer en perle. Cette irritation temporaire causée par l’acceptation de la dissonance cognitive peut se transformer en quelque chose de précieux : une clarté mentale, une force intérieure, une capacité à naviguer dans les relations complexes sans perdre votre boussole intérieure.
Cette transformation ne se fait pas du jour au lendemain. Elle demande de la patience, de la bienveillance envers soi-même, et parfois de l’aide extérieure. Mais elle en vaut la peine, car elle vous donne accès à une liberté que vous n’imaginez peut-être même pas aujourd’hui : la liberté de vivre en accord avec vos valeurs, de choisir consciemment vos relations, de dire non quand c’est nécessaire, et de dire oui quand c’est authentique.
Vers une nouvelle forme de liberté mentale
Au final, apprendre à vivre avec la dissonance cognitive plutôt que de la fuir, c’est apprendre à devenir adulte émotionnellement. C’est accepter que la vie n’est pas un conte de fées, que les relations peuvent être complexes et imparfaites, mais que cela ne signifie pas qu’il faut accepter n’importe quoi.
C’est développer cette capacité précieuse de tenir deux vérités en même temps : « J’aime cette personne et elle me traite mal. » « Ma famille est importante pour moi et certains membres me font du mal. » « Je veux que cette relation fonctionne et je ne peux pas changer l’autre personne. »
Cette capacité à tenir les paradoxes sans s’effondrer est peut-être l’une des compétences les plus importantes que vous puissiez développer pour votre santé mentale et vos relations futures. (Cyril Malka)
Études:
- Festinger, L. (1957). A Theory of Cognitive Dissonance. Stanford University Press.
- Recherches citées dans Cairn.info sur les développements récents en dissonance cognitive (2022)
- Priolo et al. (2019). Three Decades of Research on Induced Hypocrisy: A Meta-Analysis.



Bonjour Cyril,
merci beaucoup pour cet article vraiment très intéressant.
Je vous contacte prochainement pour une séance.
Bien cordialement,
Claire
Bonjour Cyril,
merci beaucoup pour cet article vraiment très intéressant.
Je vous contacte prochainement pour une séance.
Bien cordialement,
Claire
bonjour cyril, article très bien rédigé, clair, net et précis.
Et oui, la liberté d etre soi et de remettre en question notre cerveau.
A bientôt sur votre chaîne.
bisesbreizh
Merci, Sylvie 🙂
Oui, bonne idée de remettre en question notre organe cérébral, en effet.
À plus sur YouTube et en webinaires.