(29/04-2026) – Un Américain sur trois croit que la fin du monde surviendra de son vivant. Je n’ai pas de chiffre pour l’Europe ou la France mais je suppose que nous devons être à peu près dans les mêmes tendances.
Que ce soient des croyants, des athées, des universitaires, des travailleurs manuels, de tous bords politiques: La conviction que l’humanité court à sa fin est beaucoup plus répandue qu’on ne veut bien l’admettre.
Selon une étude publiée en avril 2026 dans le Journal of Personality and Social Psychology, cette conviction façonne la façon dont les gens évaluent les risques globaux et s’ils décident d’agir, ou non.
Pendant longtemps, la psychologie a traité les croyances apocalyptiques comme du bruit de fond marginal, religieux, irrationnel.
Les chercheurs Matthew Billet, Colin White, Azim Shariff et Ara Norenzayan ont voulu savoir si c’était vraiment le cas.
Pour ça, ils ont construit un outil de mesure inédit.
Ils sont partis du principe que la croyance en une fin du monde se décompose en plusieurs dimensions psychologiques distinctes.
La première est la proximité perçue: dans combien de temps pensez-vous que la fin arrive?
La deuxième concerne la cause: est-ce la faute des humains, ou est-ce une décision divine?
La troisième porte sur le contrôle: pensez-vous que vos actions peuvent changer quelque chose?
La quatrième touche à la valence émotionnelle: la fin du monde vous semble-t-elle catastrophique ou libératrice?
Chacune de ces dimensions agit différemment sur le comportement.
La géographie mentale du désastre
Ceux qui croient que la catastrophe est imminente perçoivent les risques actuels, qu’ils soient climatiques, technologiques ou géopolitiques, comme plus graves et soutiennent des mesures plus radicales pour y faire face.
Ceux qui pensent que la fin sera provoquée par les humains voient ces mêmes risques comme plus urgents et plus dommageables.
À l’inverse, ceux qui croient en une cause divine ou surnaturelle tendent à moins soutenir l’action collective. Si c’est Dieu qui décide, à quoi bon?
Ceux qui pensent pouvoir faire quelque chose personnellement sont davantage prêts à agir.
Et puis il y a le résultat le plus déroutant de l’étude: Les personnes qui envisagent la fin du monde sous un angle positif, comme une transformation ou un renouveau, sont à la fois plus tolérantes au risque et plus favorables aux mesures extrêmes pour l’éviter.
Les chercheurs ont exploré le fondamentalisme religieux, les théories du complot et l’idéologie comme pistes explicatives, sans parvenir à rendre compte de cette contradiction.
Une grille de lecture globale
L’un des apports les plus importants de cette étude est peut-être le moins spectaculaire en apparence.
Les individus s’appuient sur un récit général sur l’avenir de l’humanité pour filtrer toutes les informations qui leur parviennent sur les risques globaux, qu’il s’agisse du climat, des technologies ou de l’instabilité géopolitique.
Quand quelqu’un perçoit un risque comme apocalyptique, il est très probable qu’il perçoive les autres de la même façon.
Et cette grille de lecture résiste aux faits. Présenter des données ne suffit pas à la déplacer, parce que le débat ne porte pas vraiment sur les données.
Ce que ça change pour expliquer les risques
Si ces résultats sont solides, ils ont des implications directes pour quiconque cherche à communiquer sur les grands risques contemporains.
Quand les gens s’opposent sur le climat, sur les nouvelles technologies ou sur les menaces biologiques, ils opèrent à partir de présupposés différents sur la nature du monde et sur l’endroit où il se dirige.
Insister sur les faits en ignorant ces présupposés revient à parler à côté.
Pour certains, mettre en avant la capacité d’action humaine sera mobilisateur.
Pour d’autres, insister sur des échéances lointaines sera contre-productif, voire démobilisant si la catastrophe leur semble de toute façon inévitable.
Savoir comment quelqu’un se représente la fin du monde permet de comprendre pourquoi il réagit comme il réagit face aux risques qui définissent notre époque. (Cyril Malka)
Source: Billet, M. I., White, C. J. M., Shariff, A., & Norenzayan, A. (2026). End of world beliefs are common, diverse, and predict how people perceive and respond to global risks. Journal of Personality and Social Psychology. doi.org/10.1037/pspi0000519




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