Pourquoi voulez-vous un couple?

par | Sep 9, 2026 | Sexualité et vie à deux | 1 commentaire

(09/09-2026) – On demande toujours aux célibataires ce qu’ils cherchent. Presque jamais pourquoi ils cherchent. Une étude publiée dans Social Psychological and Personality Science a posé la deuxième question. La réponse est plus intéressante que la première.

Une vieille idée, appliquée au célibat

Depuis les années 1980, deux psychologues américains, Edward Deci et Richard Ryan, défendent une idée simple. Deux personnes font exactement la même chose pour des raisons différentes, et elles n’obtiennent pas le même résultat.

Prenez deux hommes qui courent trois fois par semaine. Le premier aime courir. Le second court parce qu’il a honte de son corps. Même activité, même effort, même paire de chaussures. Au bout d’un an, il n’en reste qu’un des deux sur la route.

Deci et Ryan ont rangé ces raisons sur une échelle. À un bout, vous faites une chose parce que vous en avez envie. À l’autre bout, vous la faites parce que vous ne pouvez pas faire autrement. Cette échelle a été testée sur le travail, l’école, le sport, l’arrêt du tabac. Elle donne partout le même résultat, ceux qui sont du bon côté tiennent, les autres décrochent.

Une équipe de l’université de Toronto a repris cette échelle et l’a braquée sur une question que personne n’avait posée: Pourquoi les célibataires veulent-ils un couple?

Ce qu’ils ont fait

Ils ont recruté 4 019 célibataires de 18 à 39 ans. Chacun a rempli le questionnaire de motivation, qui le situe sur l’échelle.

Puis vient la question qui fait tout l’intérêt de l’étude. Écrivez, avec vos propres mots, jusqu’à trois objectifs pour votre vie amoureuse dans les six mois qui viennent. Ce que vous voulez obtenir, concrètement.

D’un côté vous avez donc le pourquoi, la raison qui pousse la personne à vouloir quelqu’un. De l’autre le quoi, ce qu’elle veut obtenir de sa vie amoureuse. Toute la question est de savoir si le premier commande le second.

Douze mille objectifs amoureux sont remontés. Les chercheurs les ont lus et triés en 41 catégories. Certains portent sur la rencontre elle-même, aller à des rendez-vous, avoir des rapports sexuels, sortir et voir du monde. D’autres portent sur le contenu de la relation, construire de l’intimité, s’installer avec quelqu’un, être dans une relation saine, s’engager sur la durée. D’autres portent sur soi avant la rencontre, soigner son apparence, gagner en confiance, remettre ses finances en ordre. Et une catégorie dit l’inverse de toutes les autres, rester célibataire.

Six mois plus tard, 3 176 participants sont revenus. On leur a remis sous les yeux les objectifs amoureux qu’ils avaient écrits six mois plus tôt, et ils ont noté leur avancée sur chacun. Zéro pour cent, rien n’a bougé. Cent pour cent, c’est obtenu.

Moyenne générale, 41,7 %. Un peu moins de la moitié du chemin vers ce qu’ils voulaient de leur vie amoureuse. Ce chiffre seul ne vaut rien. Ce qui compte est qu’il change selon la raison qui les pousse à chercher.

Cinq positions sur l’échelle

Vous aimez ça. La vie de couple vous plaît pour ce qu’elle est. Ces célibataires écrivent des objectifs tournés vers la qualité du lien. S’amuser avec quelqu’un, construire de l’intimité, être dans une relation saine.

Vous y tenez. Le couple n’est pas forcément une partie de plaisir, il a de la valeur à vos yeux et vous le placez haut dans votre vie. Même côté de l’échelle. Ces célibataires visent l’engagement et la durée.

Vous ne supportez pas d’être célibataire. Le célibat vous renvoie une image de vous que vous n’acceptez pas. Vous cherchez quelqu’un pour arrêter de vous sentir minable. Leurs objectifs changent de nature. Aller à des rendez-vous, coucher, sortir, soigner son apparence, reprendre confiance en soi. L’intimité, la vie commune et la santé de la relation disparaissent presque entièrement de leurs listes.

On vous met la pression. Les parents, les amis, les collègues qui trouvent que ça commence à faire long. Ces célibataires écrivent un seul type d’objectif, aller à des rendez-vous.

Vous ne voulez pas de couple. Le dernier groupe. Ils écrivent qu’ils veulent rester célibataires, ou n’écrivent aucun objectif amoureux.

Le résultat qui dérange

Regardez le troisième groupe. C’est le moins exigeant de tous. Il ne demande pas une belle relation, il demande une relation. La barre est au sol.

C’est le groupe qui a le moins avancé au bout de six mois.

Laura Hawkins, l’autrice principale, dit avoir été surprise. On s’attend à ce qu’entrer dans une relation soit plus facile qu’entrer dans une bonne relation. Ses données disent le contraire.

Son explication reste une hypothèse, et elle le précise. Ces célibataires cherchent un partenaire pour redresser l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. Ça se sent, et ça fait fuir. La raison pour laquelle ils veulent quelqu’un est la raison pour laquelle ils ne trouvent personne.

Ceux qui ne veulent personne

Le dernier groupe est celui qui déclare avoir le plus obtenu ce qu’il voulait. Logique. Leur objectif était de rester célibataires, et six mois plus tard, ils le sont toujours.

On pourrait en conclure que le meilleur moyen de réussir sa vie amoureuse est d’arrêter de chercher. Ce serait un contresens. Rester célibataire ne dépend que de vous. Vous n’avez strictement rien à faire et l’objectif est atteint. Trouver quelqu’un de bien dépend d’une autre personne, qui doit vouloir la même chose au même moment que vous. Les chercheurs le reconnaissent, leurs 41 objectifs n’ont pas la même difficulté, et le score de ce groupe s’explique peut-être entièrement par là.

Un point mérite quand même d’être relevé. Ces célibataires ne fuyaient pas les relations. Ils poursuivaient activement le célibat. Le célibat choisi existe, et il se porte très bien.

Ce que l’étude ne prouve pas

Elle montre que certaines motivations vont de pair avec moins d’avancée. Elle ne montre pas que la motivation cause le blocage. Deux questionnaires espacés de six mois ne suffisent pas à établir une causalité.

L’avancée est autoévaluée. Personne n’est allé vérifier. Vous avez donc le chiffre que les gens veulent bien s’accorder, avec tout ce qu’ils se racontent sur eux-mêmes.

Enfin, les chercheurs n’ont pas regardé si les résultats changeaient selon l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle ou la culture. Rien ne dit qu’un homme de 38 ans et une femme de 20 ans fonctionnent de la même façon.

Ce que vous pouvez en faire

Si vous cherchez depuis longtemps sans résultat, la question habituelle est de savoir où chercher et comment mieux vous présenter. Cette étude en propose une autre.

Qu’est-ce que vous attendez d’une relation ? Le plaisir d’être avec quelqu’un, ou la preuve que vous valez quelque chose ?

Si c’est la seconde, la question de votre valeur se règle ailleurs que sur le marché des rencontres. Devant un thérapeute, dans un travail qui vous tient, dans des amitiés qui comptent. Chercher quelqu’un pour vous sentir moins minable est le moyen le plus sûr de ne trouver personne. (Cyril Malka)


Sources

Hawkins, L., Thapar, S., Ryan, W., & MacDonald, G. (2026). Does Why You Want Partnership Shape What You Want? A Self-Determination Perspective on Singles’ Relationship Goals. Social Psychological and Personality Science. https://doi.org/10.1177/19485506261472940

Deci, E. L. & Ryan, R. M., théorie de l’autodétermination. Cadre théorique utilisé par les auteurs de l’étude.

 

 

Commentaires

1 Commentaire

  1. Gaëlle

    Tres interressant la question pourquoi, merci

    Réponse

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