(14/08-2025) – Il vous appelait tous les jours. Vous aviez vos petites habitudes, peut-être même quelques surnoms ridicules qui vous faisaient rire. Vous pensiez qu’il y avait un avenir, ou au moins un rendez-vous vendredi prochain. Et puis… silence. Rien. Le vide sidéral. Il ne vous a pas quitté, il s’est évaporé. Vous venez de vous faire ghoster.
Félicitations, vous venez d’entrer dans l’un des clubs les plus peuplés mais dont personne ne veut faire partie.
Le ghosting, ou si vous préférez en bon français: la disparition fantôme. Concept moderne? Pas du tout!
On n’a pas attendu WhatsApp et les stories Instagram pour que les gens disparaissent sans dire au revoir. À l’époque des téléphones fixes, c’était la petite sœur qui répondait toujours: « Il n’est pas là », pendant que vous entendiez sa voix en fond qui disait « Dis que je dors ».
Les lettres restaient sans réponse, les appels dans le vide.
Aujourd’hui, c’est plus simple: on vous bloque, on vous ignore, on vous efface. Et tout ça en quelques clics.
Mais alors, pourquoi ça fait si mal? Pourquoi est-ce que cette forme de « rupture » sans explication, sans discussion, sans affrontement nous laisse aussi hébétés qu’une poule devant un couteau?
La réponse est simple: c’est lâche, brutal et profondément déshumanisant. On vous retire de la vie de quelqu’un comme s’il s’agissait de supprimer un contact sur son téléphone. Et dans bien des cas, c’est exactement ce que c’est.
Et bien entendu, dans les relations avec des personnes narcissiques, ce phénomène prend une tournure encore plus délicieuse.
Le ghosting et le narcissisme: un duo parfait
Commençons par ce point important: toutes les personnes qui vous ghostent ne sont pas nécessairement narcissiques. Et non, vous non plus ne l’êtes pas forcément si vous avez déjà ignoré quelqu’un après deux cafés tièdes et une conversation gênante sur la météo.
Le ghosting est devenu presque une norme sociale, une sorte de sortie de secours pour les relations sans engagement.
l paraît que pendant les trois premiers rendez-vous, c’est encore « autorisé ». Charmant, n’est-ce pas?
Mais lorsqu’on entre dans le domaine du narcissisme, le ghosting devient un outil bien plus tranchant. Parce que là, il ne s’agit pas d’un manque de courage passager, mais d’une stratégie intégrée à une personnalité incapable d’assumer l’inconfort émotionnel.
Le narcissique, par définition, fuit ce qui le dérange: Un reproche? Une demande d’engagement? Un moment d’humanité un peu trop profond? Paf! Disparition!
Vous pensiez que vous alliez avoir une conversation sur votre avenir? Non, vous allez plutôt avoir une belle leçon sur la volatilité des relations modernes.
Ce qui rend l’expérience encore plus douloureuse, c’est l’absence totale de signal d’alarme: Vous étiez bien ensemble hier soir, il a même parlé de vous rappeler demain. Mais demain n’arrivera jamais. Ou en tout cas pas avec lui.
Et c’est là toute la beauté du ghosting narcissique: l’art de promettre, de projeter, puis de s’évanouir sans la moindre trace.
Et ne vous attendez pas à des excuses ou à une quelconque forme de reconnaissance du mal causé. Il n’y en aura pas.
Parce que dans la tête du narcissique, c’est simple: il ne vous doit rien.
Après tout, si vous souffrez, c’est probablement que vous êtes trop sensible. Ou trop exigeant. Ou trop attaché. Bref, vous êtes le problème.

Pourquoi ça fait si mal?
Ce type de rupture brutale réactive souvent des blessures profondes. Pour certaines personnes, cela peut être vécu comme un abandon total, un rejet violent. Pour d’autres, cela provoque une spirale de remise en question: « Qu’est-ce que j’ai dit? Qu’est-ce que j’ai fait? Qu’est-ce que je n’ai pas vu venir? »
On rumine, on repasse la scène encore et encore dans sa tête. On cherche des indices, des signaux, des explications.
Et c’est bien là que le ghosting est un poison: il vous laisse seul avec vos questions. Il ne ferme aucune porte, ne donne aucune réponse. C’est une rupture en pointillé, sans fin réelle, sans clôture. Il n’y a pas de deuil possible. Juste ce silence pesant.
Et bien sûr, dans les cas de ghosting narcissique, on ajoute une petite cerise sur le gâteau: la confusion. Parce que la veille, il vous disait qu’il n’avait jamais rencontré quelqu’un comme vous. Et maintenant? Plus rien. Vous n’êtes même plus un souvenir.
Ce n’est pas du « sans contact »
Un point important: le ghosting ne doit pas être confondu avec la stratégie du « no contact », très utilisée (et à juste titre) dans les relations abusives, notamment avec des narcissiques.
Le sans contact, c’est une décision prise après une longue période de souffrance, de conflits, de discussions stériles.
C’est un moyen de survie, de mise à distance, de préservation.
Le ghosting, en revanche, c’est soudain. C’est un « au revoir » sans dire au revoir. C’est une fuite. Et le narcissique, peu friand de dialogues émotionnels profonds, y trouve un confort immédiat.
Pourquoi affronter la réalité quand on peut juste appuyer sur « bloquer »?
Pourquoi il ou elle disparaît
Il y a mille raisons possibles derrière un ghosting. Peut-être qu’il a rencontré quelqu’un d’autre. Peut-être qu’il s’est lassé. Peut-être qu’il s’est senti acculé par une demande d’engagement. Peut-être qu’il a estimé que vous ne lui apportiez pas assez d’attention, de validation, d’adoration. Bref, peut-être que vous étiez trop humain.
Dans tous les cas, ce n’est pas vous le problème. C’est juste que, dans son petit monde centré sur lui-même, il n’y a plus de place pour vous. Et la solution la plus simple, c’est de tirer la prise sans prévenir. C’est rapide, indolore… enfin, pour lui.
Vous, par contre, vous vous retrouvez avec le vide. Le silence. Et la tentation de comprendre.
Ne tombez pas dans le piège
Beaucoup de personnes ghostées tentent de forcer une réponse. Appels masqués. Messages depuis un autre numéro. Mails pleins de points d’interrogation. Certains utilisent même le téléphone d’un ami pour tenter d’entrer en contact. Mauvaise idée.
D’abord parce que vous n’aurez probablement jamais de réponse sincère. Ensuite parce que vous risquez de passer pour celui ou celle qui harcèle. Et, cerise sur le gâteau, il ou elle pourrait vous accuser de tout et n’importe quoi pour se justifier.
La vérité, c’est que cette disparition vous protège peut-être.
Oui, vous avez mal. Oui, vous êtes en colère. Mais peut-être que vous venez d’éviter une relation encore plus destructrice. Un cancer lent, étouffant. À choisir entre une douleur aiguë maintenant et une agonie émotionnelle sur plusieurs mois, votre cœur a peut-être eu plus de chance que vous ne le pensez.
Reviendra-t-il?
Dans l’immense majorité des cas: non. Les fantômes ne reviennent pas. Ou alors, c’est pour jouer encore un peu. Pour voir si vous êtes toujours là. Si vous êtes encore disponible. Mais ne vous attendez pas à des excuses, ni à un changement sincère.
Le ghosting est souvent un acte définitif. Un « delete » émotionnel. Il y a quelques exceptions, mais elles sont rares. Et même dans ces cas-là, demandez-vous si vous avez envie de rejouer au même jeu. La réponse est souvent non.
Famille, amis… personne n’est à l’abri
Le ghosting ne se limite pas aux relations amoureuses. Il peut aussi survenir dans des contextes familiaux, amicaux, professionnels. Et là, c’est souvent encore plus déroutant. Parce qu’on ne s’y attend pas. Parce qu’on se dit qu’un lien de sang, un lien d’enfance, ça protège.
Spoiler: non.
Même au sein d’une famille, certaines personnes décident de tirer leur révérence en silence. Elles ne répondent plus. Elles vous évitent dans les réunions. Elles font passer le message, plus ou moins subtilement: vous n’êtes plus invité dans leur monde.
Et dans les relations amoureuses, le ghosting survient souvent au début. Avant que vous n’ayez rencontré ses proches. Avant que vous ne fassiez partie de son environnement. Comme ça, c’est plus simple de disparaître. Moins de témoins. Moins d’explications à fournir.
Pas de bombardement d’amour
Contrairement à certaines autres stratégies narcissiques, le ghosting ne suit pas forcément une phase de « bombardement d’amour ». Il peut y avoir eu quelques rendez-vous, une complicité naissante, mais sans grands feux d’artifice. Et pourtant, la disparition peut être brutale.
Un rendez-vous, un projet, un message laissé en suspens… et plus rien. Vous vous dites que c’est peut-être un oubli. Une urgence. Une panne de batterie. Non. C’est juste une sortie de scène en douce.
Mais alors, que faire?
Déjà, ne vous blâmez pas. Ne vous refaites pas le film mille fois. Ne cherchez pas à tout prix une logique dans l’absurde.
Ensuite, prenez ce silence comme une réponse en soi. Pas celle que vous attendiez, mais une réponse quand même. Il ou elle ne veut plus de contact. Et si vous insistez, vous risquez surtout de vous blesser davantage.
Et enfin, souvenez-vous que cette disparition en dit plus sur lui ou elle que sur vous. Une personne qui coupe le lien sans mot dire ne mérite probablement pas que vous vous battiez pour le reconstruire.
Ce n’est pas vous. C’est lui. Vraiment.
Ce que ça dit de vous
Si vous souffrez beaucoup de cette expérience, cela ne signifie pas que vous êtes faible. Cela signifie peut-être que vous avez une peur de l’abandon bien ancrée, une tendance à vous attacher vite, ou un besoin de validation fort. Et tout cela, ça se travaille.
Certaines personnes ghostent parce qu’elles ont du mal à affronter les conflits. D’autres parce qu’elles ne veulent pas faire de peine (oui, c’est absurde, mais c’est réel). D’autres encore parce qu’elles sont incapables de poser des limites claires.
Si vous avez déjà ghosté quelqu’un, ce n’est pas nécessairement le signe d’un grand trouble de la personnalité. Mais si c’est une habitude, ou si vous en souffrez vous-même, il est peut-être temps de réfléchir à d’autres façons de gérer les relations humaines.
Dernier mot avant de disparaître (pas moi, lui)
Le ghosting n’est pas qu’une simple absence de réponse. C’est une façon de nier votre existence. C’est un message silencieux mais violent: « Tu ne comptes pas assez pour mériter une explication. » Et ça, ça fait mal.
Mais vous savez quoi? Vous valez bien plus que ce silence. Vous méritez des réponses, du respect, une vraie relation. Et la prochaine fois que quelqu’un disparaît, souvenez-vous de ceci: les gens qui méritent votre attention ne partent pas sans dire un mot.
Et ceux qui le font… eh bien, ils ne méritaient pas votre monde. (Cyril Malka)



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