(02/06-2025) – Ah, l’amour parental… Ce lien inconditionnel, noble, pur, dont on vous vante les mérites depuis la maternité jusqu’aux spots de pub pour couches-culottes. On vous dit que c’est ce qu’il y a de plus fort, de plus beau, de plus résilient. Jusqu’au jour où cet amour est mis à l’épreuve par quelque chose de bien réel, bien dur, bien poisseux : un enfant narcissique.
Oui, un enfant narcissique. Pas un ado capricieux. Pas un gosse rebelle. Pas une « phase difficile ». Non, un enfant avec une structure de personnalité profondément égocentrée, exigeante, insatiable, et parfois destructrice. Le genre d’enfant qui fait que certains parents se demandent dans le silence de leur cuisine : « Mais qu’est-ce que j’ai bien pu rater ? »
Spoiler : peut-être rien. Et c’est bien là tout le drame.
Le mythe de la faute parentale
Dans l’imaginaire collectif, quand un enfant tourne mal, c’est la faute des parents. Manque d’autorité, absence d’amour, trop d’amour, mauvaise école, télé allumée pendant le repas… Bref, il y a toujours une raison, et elle finit par pointer du doigt le père ou la mère (souvent la mère, tiens donc…).
Mais les choses sont plus complexes. La recherche actuelle indique que dans 60 à 80% des cas (selon les études, selon les définitions, selon les biais… bref, rien de simple), le narcissisme pathologique a une origine génétique et neurodéveloppementale. On ne le “fabrique” pas à coups de punition ou de laxisme. Il s’impose, il s’enracine, parfois dès l’enfance. Ce qui veut dire que même les meilleurs parents peuvent élever un tyran en culottes courtes.
Et pourtant, quand ce même tyran devient adolescent ou adulte, devinez qui se retrouve sur le banc des accusés ? Vous, évidemment.
Aucune solution magique. Désolé pour les amateurs de paillettes.
Avant d’aller plus loin, soyons clairs : cet article ne va pas vous vendre de baguette magique. Si c’est ce que vous cherchez, il vous faudra consulter une chaîne ésotérique avec des cristaux et des prières lunaires. Ici, on parle de réalité. De celle qui fait mal aux tripes et qui ne s’arrange pas avec un câlin ou un stage de méditation dans les Cévennes.
Car lorsque vous avez un enfant narcissique – je parle ici d’un vrai narcissique, pas juste d’un ado un peu égoïste –, vous entrez dans une zone grise où tout est transactionnel, où l’amour devient conditionnel, et où chaque limite que vous tentez de poser est vécue comme une trahison de votre part.

La violence sans gifle
Non, votre enfant ne vous frappe peut-être pas. Mais il vous manipule. Il vous humilie. Il vous fait porter le fardeau de ses propres comportements. Il vous vide, émotionnellement et parfois financièrement. Il vous traite comme un distributeur automatique d’amour, de pardon et de ressources. Et vous, vous appuyez sur les boutons, encore et encore, dans l’espoir de “sauver” la relation.
La violence verbale est quotidienne : reproches, sarcasmes, dévalorisations… Le tout souvent assaisonné d’un petit chantage affectif : “Tu fais toujours passer les autres avant moi”, “Si tu m’aimais vraiment, tu ferais ça”, “Je ne t’ai jamais demandé de naître”. Classe, non ?
Et si par malheur, vous proposez une thérapie ? Attendez-vous à vous faire accuser d’être le problème. Et si par miracle il accepte d’y aller, il y a de grandes chances qu’il passe ses séances à expliquer au thérapeute à quel point vous êtes la cause de son mal-être. Sympa.
Coupable un jour, coupable toujours
On pourrait penser qu’avec le temps, les choses s’apaisent. Que l’enfant mûrit. Qu’il comprend. Qu’il évolue. Oui, bien sûr. Et les licornes volent en escadrille.
Non seulement les comportements ne changent pas, mais ils s’ancrent, ils se renforcent, ils deviennent le mode relationnel par défaut. Et pendant ce temps, vous, vous vieillissez, vous vous épuisez, et vous continuez à espérer que “ça ira mieux quand…”. Quand il aura un travail. Quand il aura une compagne. Quand il aura des enfants. Et ainsi de suite.
Mais en réalité, vous êtes dans une impasse.
Accepter l’inacceptable
C’est là que surgit un concept qui a fait grincer bien des dents : l’acceptation radicale. Accepter que votre enfant est comme il est. Qu’il ne changera pas. Qu’il ne veut pas changer. Et que votre amour, aussi sincère soit-il, n’y pourra rien.
Plus facile à dire qu’à faire, n’est-ce pas ? Surtout quand on a passé une vie à croire que l’amour inconditionnel pouvait tout guérir. Et pourtant, il faut s’y résoudre, car l’alternative, c’est souvent l’autodestruction progressive du parent.
Et c’est encore plus compliqué quand vous avez plusieurs enfants, que les autres vont bien, qu’ils sont équilibrés. Ou pire : quand vous n’en avez qu’un. Alors vous n’avez pas de point de comparaison. Juste un sentiment écrasant d’échec, de solitude, et de culpabilité.
Est-ce qu’on peut couper les ponts avec son propre enfant ?
Question taboue, question impensable… et pourtant question légitime. Faut-il rester en lien avec un enfant adulte qui vous insulte, vous manipule, vous ruine, vous utilise ?
Le problème, c’est que toutes les options sont mauvaises :
Si vous dites non, il vous détruit psychologiquement en vous traitant de monstre insensible.
Si vous dites oui, vous devenez son esclave émotionnel et financier.
Le narcissisme ne laisse aucune marge de négociation. Il ne connaît ni la reconnaissance, ni la gratitude, ni la modération.
Et c’est encore pire quand des addictions viennent s’y greffer. Alcool, drogue, jeux, dépenses compulsives… Autant de catalyseurs qui transforment un enfant difficile en bombe à retardement. Et même si vous parvenez à l’envoyer en traitement pour ces addictions, n’espérez pas de miracle : la personnalité de base, elle, ne changera pas.
Est-ce qu’il y a de l’amour derrière tout ça ?
C’est LA question. Est-ce que ce que vous vivez, c’est encore de l’amour ? Ou juste une longue torture affective avec, parfois, un sourire entre deux crises ? Ce que beaucoup de parents finissent par comprendre, c’est que l’amour d’un enfant narcissique est purement utilitaire. Il aime “quand ça l’arrange”, il “montre de l’intérêt” quand il a besoin de quelque chose.
Et quand il n’obtient pas ce qu’il veut ? Là, vous devenez l’ennemi. Le traître. Le salaud. Et parfois, il n’hésitera pas à vous voler, vous faire du chantage, ou même vous menacer pour arriver à ses fins.
Alors la vraie question devient : Est-ce que cette relation vaut encore quelque chose ?
Des promesses qui ne tiennent jamais
Peut-être avez-vous déjà tenté la stratégie de la “dernière chance”. Vous lui avez payé le loyer, acheté une voiture, donné une avance sur héritage. Et vous vous êtes dit : “S’il a ça, il pourra enfin se stabiliser.”
Et puis… non. Rien ne change. Parce que le fond du problème n’est pas matériel. C’est relationnel. C’est structurel. Et vous devenez ce parent qui paie pour avoir des nouvelles. Qui donne pour éviter les colères. Qui achète une paix temporaire, comme on paie une rançon.
Et oui, à ce stade-là, ce n’est plus du soutien. C’est de l’extorsion affective.
Se protéger, même de son propre sang
À défaut de pouvoir changer l’autre, vous devez vous protéger. Emotionnellement, bien sûr, mais aussi financièrement, légalement. Testaments, successions, fiducies… Tout doit être mis en place pour que votre descendance toxique ne puisse pas, un jour, dévorer vos restes. Oui, c’est brutal à dire. Et alors ?
Parce qu’il ne faut pas être naïf. Pour certaines personnes narcissiques, rien n’est sacré, pas même la mémoire des parents. Ils prendront tout. Jusqu’à la moelle. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à gratter.
Et si c’était un enfant unique ?
Alors là, c’est le jackpot. Pas de fratrie pour équilibrer, pour soutenir, pour offrir une alternative affective. Juste vous… et lui. Et dans ce cas, le deuil est double : vous perdez votre enfant réel, et l’enfant imaginaire que vous aviez espéré.
Ce genre de relation ne peut pas être “sauvée”. Elle peut juste être contenue, gérée, parfois coupée. Et ce sont des décisions qui font mal. Mais parfois, c’est le seul chemin vers la paix.
Et vous, dans tout ça ?
On parle beaucoup de votre enfant, mais pas assez de vous. Vous, qui portez ça depuis des années. Vous, qui avez essayé, encore et encore. Vous, qui vous sentez honteux rien qu’à penser : “Et si je coupais les ponts ?”
Ce que vous vivez est un deuil vivant. Et pour le traverser, vous avez besoin de soutien. Pas de reproches. Pas de leçons. Pas de psys donneurs de leçons. Mais de quelqu’un qui comprend ce type de situation, qui peut vous accompagner sans vous culpabiliser. Car la thérapie, ici, ce n’est pas pour “changer votre enfant”. C’est pour vous aider à survivre à cette relation. Et c’est déjà énorme.
Avoir un enfant narcissique, ce n’est pas juste “difficile”. C’est épuisant, culpabilisant, aliénant. C’est une guerre intérieure entre l’amour que vous ressentez et les limites que vous devriez poser. Entre ce que vous espériez et ce que vous avez.
Mais à un moment, il faut choisir : continuer à aimer en s’effondrant ou prendre soin de soi en acceptant la rupture. Il n’y a pas de bonne réponse universelle. Mais il y a une vérité : vous avez le droit d’exister, même en tant que parent. Et parfois, exister, c’est dire stop. (Cyril Malka)



merci beaucoup pour ce post qui tombe à point comme on dit..
Ça soulage tellement de stopper la culpabilisation, d’accepter le deuil sans préjugés socio culturel du genre tu es une mauvaise mère. Cet enfant quelque part n’est plus le nôtre en étant adulte et c’est le choc de n’avoir découvert sa perversion narcissique qu’à son départ qui est brutal et culpabilisant…comment accepter le deuil de l’enfant rêvé et celui de ce qu’il est devenu sans douleur surtout en cas d’enfant unique… ?Le syndrome du sauveur revient à chaque fois: cet enfant souffre à été traumatisé je dois le comprendre et l’aider ..mais non je dois juste survivre à cette calamité d’avoir un enfant pervers narcissique
bonjour Monsieur , et merci beaucoup pour ce texte et vos vidéos .
Hélas la prise de distance est impossible lorsque l’on a des petits-enfants que l’on aime et que l’on souhaite continuer à aider . D’ailleurs , comment aider ces petits -enfants ados, dont je crains que l’aîné ne se fasse abîmer , même s’il ressent l’affection et l’estime que je lui porte ? Il sait se taire face aux récriminations ( il adopte la stratégie de son père).
Merci
Bonjour, Amalia,
S’il vous plaît, vous pouvez vous contenter de m’appeler juste « Cyril », ça me suffit. Chaque fois qu’on me colle du « monsieur » ou « monsieur Malka », j’ai toujours l’impression de parler au fisc 🙂
Oui, la situation est difficile lorsqu’il y a des petits-enfants dans l’histoire.
Je ne peux pas vous conseiller sur une base aussi fragile: Quelques lignes dans un commentaire. Il me faudrait bien plus d’informations que ça. De plus, il n’est pas sûr qu’il soit possible de faire quelque chose.
Je ne peux que vous conseiller de faire de votre mieux, éventuellement de vous faire aider par un thérapeute qui connait ce genre de problématique.
Bon courage.
Amicalement,
Cyril