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Coaching - Psychologie - Développement Personnel

(25/12-2018) – Pierre a huit ans. C’est un bon garçon, bien élevé, gentil, serviable et même patient et très éveillé… Mais seuls ses parents y croient!

Pour tous les autres, Pierre donne l’impression d’être un garçon énervant. Il ne sait pas quand s’arrêter de faire le pitre, il se laisse facilement influencer et il ne tient pas en place. S’il est assis, il tripote tout ce qui est à sa portée. Sans but.

Le pire est qu’il n’écoute pas ce qu’on lui dit.

Si on lui dit : “- N’oublie pas l’argent pour le livre pour ton prof.” au moment où on le dépose devant la porte de l’école, on peut être sûr, lorsqu’on vient le chercher, qu’il l’a oublié. Il n’a pas fait les bons devoirs, il a noté la mauvaise page, le mauvais exercice… En tout cas, il n’a pas fait ce qu’il devait et son carnet est rempli de remarques de divers enseignants.

Même si Pierre est en fin de compte un bon garçon et serviable, il faut toujours tout lui répéter mille fois. Pas cent fois, mille! Avant que cela soit fait.

Si on lui dit : “- Pierre, va te brosser les dents, mets tes chaussures et sors la poubelle”, on peut être sûr et certain qu’une ou deux de ces choses seront oubliées.

Si Pierre est en chemin pour la salle de bain et que, chemin faisant, il voit un jouet, un livre ou autre chose qui attire son attention, il oubliera tout de ce qu’il doit faire. Il commencera à jouer.

Maman arrive alors et lui demande : “- Dis moi, Pierre, tu t’es brossé les dents?”

Le visage de Pierre prend alors une expression stupéfaite… Il a oublié! Totalement oublié!

“— Mais c’est pas croyable ce truc! s’écrie papa alors, mais tu es bête ou quoi? Combien de fois doit-on te répéter la même chose avant que tu la fasses? On t’a envoyé à la salle de bain pour que tu te brosses les dents, alors fais-le!”

À l’école, Pierre est difficile à contrôler. Il n’est pas très attentif, il est un peu paresseux, il rêvasse beaucoup et ne fait pas ce qu’on lui dit. Il a du mal à saisir un message collectif. Lorsque l'enseignant dit que tout le monde doit maintenant faire ceci ou cela, tout le monde le fait sauf Pierre qui a l’air de tomber des nues.

De problème en problème

C’est pour cette raison qu’il lui est difficile d’appartenir au groupe. Ses camarades le trouvent gentil et sympa, mais un peu bête. Des fois, Pierre peut se mettre en colère et faire des bêtises. On l’envoie éventuellement chez le psy qui trouvera peut-être que la mère de Pierre ne lui a pas suffisamment fait de câlins, que le père est trop dur, que ses parents sont divorcés ou autre… Et Pierre sera envoyé plus en avant dans un système dans lequel il n’a rien à faire.

Les parents de Pierre peuvent en arriver à se déchirer : Papa en a assez d’un enfant qui n’écoute pas ce qu’on lui dit, maman trouve que papa est trop dur et protège Pierre. Papa trouve que personne ne l’écoute et… La roue tourne et personne ne sait où elle s’arrêtera.

Pierre n’aimera en tout cas pas être la raison d’une dispute et, bizarrement, sera encore plus difficile à gérer.

Entre l’école et ses demandes, entre la maison et tout ce qui ne va pas, Pierre est de plus en plus perdu et plus il aura des problèmes, plus il entrera dans ce système et moins cela ira.

Beaucoup d’enfants comme Pierre deviennent drogués ou alcooliques.

Certains psychologues y verront là le résultat d’une famille où le père ou la mère a fait des erreurs, n’a pas été suffisamment aimant, suffisamment patient, suffisamment… Autre chose, peu importe quoi.

Et personne n’a pensé un seul instant que Pierre était peut-être malade et souffrait de TDA/H! Ou même ce qu'on appelle “DAMP” en anglais (et qui n'a pas de traduction précise en français, que je sache).

DAMP = Deficits in Attention, Motor Control and Perception (Déficits d’attention, de contrôle moteur et de perception)
DAMP n’est pas l’équivalent du TDA/H qui est une expression qu’on utilise souvent en français dans ces cas, mais nous y reviendrons.

On croit souvent que les enfants souffrant de ce déficit, DAMP, sont nécessairement hyperactifs. Que ce sont des enfants qui cassent tout, qui s’endorment très tard, se réveillent très tôt, ont un regard vide et une tête à claques.

Et comme Pierre n’est pas comme ça (bien que, c’est vrai, il était actif étant jeune, mais bon, pas plus que ça quand même) on se dit que là, nous avons une mauvaise pioche.

Alors, avant tout, une précision. Certaines fois, un garçon n’a pas besoin de bouger beaucoup pour que pan! il soit déclaré hyperactif. Et des fois, les garçons peuvent être très actifs sans pour autant que ce soit un problème. Il cherchera parfois les limites et une période d’activité intense n’est pas de l’hyperactivité.

On peut parfois appeler un enfant hyperactif tout simplement, car il s’ennuie et il a une activité plus intense. C’est un problème qu’on voit régulièrement chez les enfants surdoués. Dans ce cas, une plus grande motivation, plus de choses intéressantes, plus d’activités pour son cerveau seront la solution. Remarquez bien qu’un enfant peut parfaitement souffrir de TDA/H et être surdoué.

Mais avant de pouvoir dire qu’un enfant souffre de TDA/H ou de DAMP, il y a d’autres choses qui entrent en ligne de compte et l’hyperactivité n’est pas nécessairement un signe.

ADD et TDA/H

Mettons les choses en place.

Le premier syndrome est ADD, en français TDA

ADD veut dire Attention Deficit Disorder (Trouble Déficitaire de l’Attention, donc TDA — Troubles Déficitaires de l'Attention — en français).

Cela désigne les enfants comme Pierre, que je viens de décrire. C’est-à-dire des enfants ayant du mal à se concentrer et à focaliser leur attention. Ils peuvent facilement, très facilement, être déviés. Les seules choses qui donnent l’impression de pouvoir garder leur attention sont la télévision, les jeux vidéo, les dessins animés ou certaines situations telles que des vacances chez des amis ou d'autres membres de la famille.

Ils peuvent avoir du mal à contrôler leurs besoins et leurs envies. S’ils ont tout d’un coup envie de faire une chose, ils la feront, sans penser aux conséquences possibles de leur acte. Ils ont du mal à se concentrer sur ce qui est le point central et le point important dans un discours. Ils peuvent se focaliser sur un détail qui leur paraît amusant ou incongru, et ils rateront l’idée principale. Ils comprendront mal ce qu’on leur dit, car ce sur quoi ils focaliseront ne sera pas nécessairement ce sur quoi ils doivent focaliser. Ce qui fait que les autres enfants ou leurs professeurs risquent de les croire stupides ou retardés.

Ils peuvent avoir du mal à organiser les choses et à avoir de l’ordre dans leurs affaires et, bien entendu, ils auront des problèmes à l’école puisqu’ils ne pourront pas se concentrer sur ce qui s’y passe.

On peut parfois voir qu’ils ont du mal à rester éveillés. C’est-à-dire que le niveau d’éveil du cerveau est trop bas. Donc, pour se garder éveillé, ils sont constamment en activité, afin de rester au-dessus de ce niveau.

C’est seulement là qu’on parle d’hyperactivité.

Dans ce cas, on parle d’ADDH : Attention Deficit Disorder with Hyperactivity ou, en français, souvent : TDAH : Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité.

C’est pour cela que lorsqu’on parle de ce syndrome, on met un /H (ADD/H ou TDA/H), car l’hyperactivité est facultative.

C’est pour cette raison qu’on donne des fois des amphétamines aux enfants hyperactifs (Ritaline). L’amphétamine les garde éveillés et ils peuvent concentrer leur énergie à se concentrer plutôt qu’à rester éveillés. Les amphétamines agiront comme calmant.

L’hyperactivité n’est pas irréversible et les enfants peuvent passer de l’un à l’autre. Dans plusieurs cas, l'hyperactivité va descendant avec l'âge pour disparaître lors de la puberté. Si elle disparaît lors de la puberté, elle ne revient généralement pas.

Voyons maintenant le DAMP.

Tous les enfants souffrant du DAMP ont le TDA/H, mais tous les enfants souffrant du TDA/H n’ont pas le syndrôme DAMP.

Car il y a un autre syndrome qui entre en jeu.

Le MPD

MPD veut dire Motor and Perception Dysfunction (Trouble de la Perception et Trouble Moteur)

Ces enfants ont du mal à saisir les informations et à les travailler. Ils sont socialement immatures et ont du mal à se concentrer et à comprendre les règles. Ils ont du mal à interpréter les expressions du visage et pour cette raison ont du mal à saisir notre langage corporel et ne comprennent donc pas lorsque nous nous mettons en colère et leur disons que maintenant ça suffit.

De plus, on remarquera des problèmes de motricité, que ce soit la motricité fine ou autre : ils renversent tout, trébuchent sur leurs propres pieds, ils sont très maladroits et sont toujours pleins de bleus et de bosses. Ils peuvent avoir du mal à effectuer des actions motrices de base, par exemple, faire de la bicyclette : ils tomberont plus qu’à leur tour et auront du mal à gérer les pédales, les freins, le trafic, le guidon, etc. Tout ça d’un coup, c’est beaucoup, pour eux.

Ils peuvent avoir du mal à dessiner, à boutonner leurs vêtements, à mettre des perles sur un fil, faire des nœuds, tenir un crayon ou ne serait-ce que de tenir un couteau et une fourchette, pourquoi certains d’entre eux préféreront utiliser leurs doigts.

Tout cela ne fait que s’ajouter aux troubles sociaux, car ils ne pourront pas participer aux jeux avec leurs camarades.

Ce problème échappe à beaucoup de personnes et beaucoup considéreront l’enfant comme tout simplement comme un enfant à problèmes, gauche et bête.

DAMP

Du fait où certains médecins, certains neurologues et certains psychologues ne reconnaissent pas le problème, il est difficile d’avoir des chiffres précis sur l’étendue du problème.

Mais d’après les chiffres des autres pays occidentaux, on sait qu’environ 14 % à 17 % des enfants souffrent de TDA/H et 11 % souffrent de MPD.

C’est donc à dire qu’environ un quart des enfants ont un des deux problèmes.

De tous ces enfants, 7 % d’entre eux souffrent du DAMP, c’est-à-dire des deux syndromes : TDA/H + MPD.

De ces 7 %, 1,2 % sont si durement touchés qu’ils en sont handicapés. Les familles de ces enfants ont besoin de beaucoup de soutien et d’aide.

Ces 1,2 %, ou même ces 7 % sont souvent découverts à temps, car les symptômes sont si violents qu’on peut facilement voir le problème.

Mais malheureusement, beaucoup d’enfants qui ne souffrent “que” de TDA/H passent inaperçus. On les croit bêtes, paresseux ou venant de familles à problèmes et on les traite en conséquence.

Et dans ce cas, on commet une grave erreur!

Que faire?

En tant que parent, on peut faire plusieurs choses :

– Avertir l’école du problème de façon à ce que les enseignants puissent agir en conséquence lors des heures de classe par exemple en disant (à Pierre) : “- Pierre, prends ton stylo”, puis à haute voix “- Prenez tous votre stylo”.

L’enfant souffrant de TDA/H ne pourra comprendre qu’un ordre à la fois. On ne peut pas donner plusieurs ordres à la suite à cet enfant. Donc une chose à la fois et n’hésitez pas à donner des détails sur la façon de le faire. Soyez extrêmement précis lorsque vous donnez une consigne.

J’ai entendu parler d’un enfant qui, lorsqu’il commençait à sentir qu’il ne suivait plus très bien, avait le droit de sortir de la classe, prendre l’air une dizaine de minutes. Au lieu de laisser son imagination vagabonder pendant les explications et de risquer une punition, mieux vaut l’autoriser à s’aérer les méninges à intervalle régulier et d’éviter les punitions qui ne feront que le déstabiliser d’avantage.

– Mettez les choses en système chez vous. Il faut des structures partout, il faut une vie beaucoup plus structurée que dans une famille n’ayant pas d’enfant TDA/H. Tout doit arriver dans le même ordre chaque jour. Lever à la même heure, manger à la même heure, se brosser les dents à la même heure, aller au lit à la même heure. Tout doit être systématisé.

S’il y a beaucoup de choses, faites une liste. Allez-y petit à petit. Faites d’abord une liste pour la matinée, puis lorsque cela est systématisé, ajoutez-y l’après-midi, puis la soirée, etc.

L’enfant peut cocher les choses une fois effectuées.

Vous remarquerez que si l’enfant va chez sa grand-mère ou autre, il sera insupportable à son retour. Non, ce n’est peut-être pas, car elle l’a autorisé à tout faire, mais parce que 1) son rythme a été bousculé pendant un plusieurs jours ou 2) Il s‘est tellement appliqué et concentré pour être gentil et bien se comporter qu’il en est épuisé et en ce moment, il se laisse (enfin) aller..

C’est aussi une des raisons pour laquelle des conflits naissent : – chez moi, il se comporte bien, dira grand-mère, il n’y a qu’avec toi qu’il est insupportable, tu ne sais pas y faire!

Erreur grave.

Alors, résumons : la première chose à faire est de laisser tomber ce sentiment de culpabilité. C’est totalement inutilisable et ne fera que vous entraver.

Deuxièmement, voir que peut-être, il y a un problème là. Allez éventuellement faire un tour chez le pédiatre et éventuellement contactez une association TDA/H près de chez vous qui pourra vous conseiller.

Expliquez le problème à votre entourage et attendez-vous à perdre quelques amis. Expliquez le problème aux enseignants et demandez-leur de l’aide.

En utilisant ces méthodes et en structurant vos journées, vous verrez que l’enfant redevient harmonique et sera tout à fait comme les autres. Seulement, n’oubliez pas que cela est dépendant d’une structure. Si vous partez en vacances ou autre, gardez autant que possible une structure et attendez-vous à ce que votre enfant soit un peu plus maladroit et tête-en- l’air. Aucune raison de paniquer ou de le disputer, cela n’y changera rien.

Il se peut que, petit à petit, les symptômes s’affaiblissent et qu’on ait plus besoin d’avoir cette structure rigide. Relâchez la structure petit à petit à intervalle régulier (par exemple, pendant les grandes vacances) et voyez ce qui se passe.

Si cela se passe bien, laissez plus de libertés l’année qui suit puis observez les vacances suivantes.

Petit à petit, l’enfant pourra peut-être ne plus avoir besoin d’une structure aussi rigide. Mais il lui faudra une structure toute sa vie. Même si elle peut devenir moins rigide avec le temps.

Mais il se peut très bien aussi, que cela ne marche pas et qu’il doive vivre une vie très organisée et sans beaucoup d’écarts.

Dans les deux cas, sa qualité de vie sera fortement améliorée et vous saurez que vous aurez fait ce que vous avez pu afin de lui donner toutes les possibilités.

On peut difficilement faire plus. (Cyril Malka)

© 1997 — 1998 – 2004 — 2018 – Cyril Malka (publié dans le magasine pédagogique danois “Skolen” (L’école) – juillet 1998) – Version révisée le 25/12-2018.

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