02/03/2015

Happy Slapping (Vidéo Baffes) – Quand un jeu bête devient mortel

Ordi

(03/02-2015) – Ce divertissement bizarre a commencé dans le sud de Londres en 2005 et a aujourd’hui un succès fou en Angleterre, en Hollande et en Allemagne. Il s’agit de donner une baffe à quelqu’un qui ne s’y attend pas pendant qu’un compère filme le tout, généralement sur un téléphone portable. Il y a longtemps que ce  jeu est devenu mortel en Angleterre. Analyse d’une mode.

(Attention : Certains des vidéo-clips contenus dans cet article sont assez violents. Ne vous sentez pas obligé de les voir).

Le but du divertissement, relativement stupide, je l’admets est d’être à plusieurs. Un des acolytes a un téléphone portable équipé d’une caméra. L’autre surprend une personne en lui donnant une grande claque et en partant. Pour que ce soit amusant, il faut que la personne ne s’y attende pas et n’ait pas le temps de réagir.

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Une fois filmé, les copains se le repasse de téléphone en téléphone ou le mettent sur des blogs sur Internet. La victime, qui a déjà été humiliée en public dans la cour de l’école, l’est une fois de plus sur Internet.

Voici ici une vidéo du genre.

Ceci a commencé dans les cours d’école mais est petit à petit sorti de la cour d’école et est arrivé dans la rue. Les victimes sont dans les transports en commun, dans la rue, sur un banc et ne s’y attendent pas lorsque quelqu’un leur met une grande claque et part en courant bêtement.

Voici ici une vidéo du genre.

Plusieurs écoles ont interdit tout téléphone portable, mais ce genre de restriction est impossible en ville et à moins qu’il y ait un officier de police juste à côté, il est pratiquement impossible d’attraper le coupable.

Une fois dans la rue, le Happy Slapping a gagné en intensité et les jeunes ne se contentent plus de donner des claques, ce qui était à l’origine du Happy Slapping, mais donnent des coups de pied ou tabassent un passant ou un promeneur qui passe par hasard.

Le Happy Slapping a fait sa première victime en Angleterre : David Morley, 37 ans, n’a pas survécu sa rencontre avec un groupe de jeunes qui faisait un tour de Happy Slapping un soir. David était une des victimes du Happy Slapping et il est mort des suites de ses blessures.

Voici une vidéo prise par la caméra de surveillance d’un parking, où les jeunes attaquent une personne qui était endormie.

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Les quatre jeunes (photo) ont effacé le film de leur exploit douteux, mais ils ont gardé d’autres films et ont donc été arrêtés. Les trois garçons qui ont commis l’attaque en elle-même ont chacun eu une peine de 12 ans de prison ferme et la jeune fille qui avait filmé le tout et qui n’avait que 15 ans a reçu une peine de 8 ans de prison ferme.

La première victime du Happy Slapping en Europe était en Allemagne. Un jeune Italien et un jeune Espagnol ont attaqué Adrew Holdroft, un handicapé, qu’ils ont jeté à bas de son fauteuil roulant et à qui ils ont cassé le cou.

On se pose des questions : Pourquoi est-ce que ces jeunes font cela ? Comment est-ce que ce phénomène a commencé ? Risque-t-il d’atteindre la France ?

 

Les origines

“Peut-on rire de tout ?” a-t-on un jour demandé à Desproges. “Oui, a-t-il répondu, mais pas avec tout le monde”.

Beaucoup d’entre-nous ont vu Video-Gag ou d’autres programmes du même acabit et du même niveau intellectuel. Dans ces programmes, les spectateurs envoient leurs films. Si leur bébé tombe, si leur mari reçoit quelque chose sur la tête… Si la réalité n’est pas à l’appel, on utilise alors son imagination et l’on provoque l’accident. (Sur ce sujet, voir le petit sketchs de trois minutes des inconnus).

On envoie alors son film à la télé et l’on peut alors même gagner des cadeaux. Les producteurs, soucieux de ne pas choquer les téléspectateurs, coupent, bien entendue, le film au moment où le sang gicle. On ne conserve que la partie soi-disant amusante ou l’on peut voir la chute de la personne.

Video-gag a évolué et aujourd’hui, on parle de la série du JackAss. JackAss est une émission de la chaîne MTV avec des gags au niveau tarte à la crème, des cascades et pas mal de plaisanteries sanglantes ou vandales. Il peut s’agir de sauter dans le purin, gober des œufs jusqu’à en vomir, se faire asperger de bombe lacrymogène… Tout y passe.

Non seulement on peut facilement voir que la différence entre Video-gags et Happy-slapping peut être très fine, mais on peut voir, lorsqu’on suit l’évolution qu’a eue l’Happy Slapping, qu’à l’origine, les victimes trouvaient cela amusant aussi.

Question de catégorie

On ne peut donc pas catégoriser l’Happy Slapping comme un danger mais il conviendrait de faire la différence entre les différents niveaux.

Tout comme on peut subdiviser :

1) Vidéo-gag : Film pris par hasard.
2) Vidéo-gag : Film montage (provoqué).
3) Jackass : Montage et provocation parfois au-delà des limites du légal.

On peut subdiviser le Happy Slapping en catégories où des écoliers se collent des claques et s’enregistrent et le Happy Slapping criminel.

On peut discuter des heures durant de ce qu’il peut y avoir d’amusant à donner une claque à un camarade d’école. Mais il nous faudra aussi répondre à ce qu’il y a d’amusant à se faire des croches pieds.

Le fait est qu’il faille là, apprendre aux enfants à l’école que le fait de faire mal à l’autre n’est pas amusant. Les enfants, surtout d’un jeune âge, n’ont pas forcément la notion d’empathie. C’est-à-dire qu’ils ne sont pas nécessairement capables de se mettre à la place de l’autre. Ils ne font pas nécessairement la liaison entre tomber et se faire mal et faire tomber l’autre. C’est pour cela qu’on ne peut pas apprendre à un enfant que cela fait mal quand il pince quelqu’un en le pinçant. L’enfant ne fera pas toujours la liaison entre : « J’ai pincé petit frère » et « Maman me pince ». L’enfant risque de ne comprendre que le « Maman me pince ».

Les Chavs

D’après les rapports anglais, les jeunes qui pratiquent le Happy Slapping sont souvent ceux qui sont appelés les Chavs en anglais.

Le mot Chav est étymologiquement relié au mot enfant en roumain (chavi) et est utilisé pour désigner « une classe inférieure de paysans » ou, d’autres fois à des « délinquants sans instruction ».

La violence est une part intégrante de la vie des Chavs qui sont, depuis leur plus jeune âge, restés livrés à eux-mêmes et n’ont jamais appris la différence entre bien et mal. Ils se sentent à part, en dehors de la loi et de la société, ont leurs propres règles et font preuve d’un certain comportement anti-social.

Très souvent, ils ne se sont pas adaptés aux règles sociales et, manquant de force d’adaptation, ils ont fait leur propre monde, leurs propres règles.

N’ayant pas appris l’empathie, n’étant pas nécessairement intéressés à l’apprendre, ces jeunes vivent dans un autre monde.

Ils vivent dans un monde où ils sont confrontés aux jeux vidéos violents, ceux-ci étant une référence. Nous savons aujourd’hui que lorsque le cerveau est soumis à des scènes de violence répétées, il s’y habitue. C’est une défense psychologique pour éviter qu’on soit submergé par les émotions. Ce qui part d’un bon principe, d’un principe protecteur, devient ici une arme qui diminue encore plus la sensibilité de la personne.

Lorsque le jeune vit dans un monde jouant sur d’autres règles, d’autres principes, coupé de lien émotionnel avec la réalité, dans son propre univers, il n’y a rien d’étonnant à ce que le Happy Slapping dérape.

Voilà quant à l’explication.

Des solutions possibles ?

Pour ce qui est de la solution, il va falloir nous tourner vers l’éducation. Seule l’éducation des enfants et des jeunes pourra y changer quoi que ce soit.

Les films violents, les jeux vidéos rendent le cerveau moins sensible, c’est un fait, mais pour une personne ayant ses principes moraux bien ancrés, cela ne changera rien. Il ne servira à rien d’interdire les téléphones portables, les films violents, les jeux violents.

Mieux vaut prévenir que guérir et il est important de focaliser sur l’éducation afin d’éviter autant que possible ce genre de dérapage.

Lorsque le mal est fait, il ne sert à rien de mettre une jeune fille de 15 ans en prison pendant huit ans comme cela a été fait en Angleterre.

Ce n’est pas dans cet environnement qu’elle apprendra la compassion. Il aurait été plus judicieux de rééduquer ces enfants, éventuellement en leur faisant également accomplir un travail pour la communauté en relation avec leur problème, par exemple travailler dans une maison de retraite ou dans un hôpital, apprendre à aider les autres.

Mais le fait est, que ce genre de chose dure longtemps et coûte cher. De plus, il va falloir se battre contre les tendances « in » du moment. Lors de mes recherches de différentes vidéos de Happy Slapping, je suis tombé sur plusieurs sites qui, en plus de parler de Happy Slapping, avaient des pubs pour… Des téléphones portables. Une chaîne de télévision parle de diffuser les meilleurs clips de Happy Slapping… Encore du Video-gag/Jackass… Nous ne sommes pas au bout de nos peines !

Une petite chose pour finir : Oui, le Happy Slapping est arrivé en France. Le premier cas est de juin 2005 à Bâle et il n’a fait qu’augmenter depuis le début 2006. Que je sache, il n’y a pas eu de mesures d’éducation prises afin d’enrayer cette mode. (Cyril Malka)

 © 2006 – 2015 – Malka

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