06/26/1999

Prisonnière d’un labyrinthe religieux

Le traitement fait mal et Prisonnière d’un labyrinthe religieux

Voici une série de deux articles. Deux interviews. L’une avec moi, l’autre avec une de mes patientes.

La première interview s’appelle : Le traitement fait mal (le 26. Juin 1999).
La deuxième interview est : Prisonnière d’un labyrinthe religieux (le 30. Juin 1999).

Le traitement fait mal

Sekter

L’analyste, Cyril Malka a écrit un livre sur ses expériences obtenues à aider des gens hors des sectes.

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De Morten Bonde Pedersen

L’analyste Cyril Malka a eu plus d’une centaine de personnes ayant été membres d’une secte en thérapie.

Depuis, l’analyste a décrit ses expériences dans le livre “Les sectes – pourquoi ?, comment ?, Et après ?”. Le livre n’est pas encore sorti.

Mais Kristeligt Dagblad a lu le manuscrit qui est fini et a été envoyé à la maison d’édition Lindhart & Ringhoff.

Le manuscrit est inspiré de sept ans de travail professionnel avec les sectes et les nouveaux mouvements religieux. Un travail qui, en plus de thérapie, comprend de nombreux articles dans les journaux et les revues spécialisées

Dans son manuscrit, Cyril Malka a résumé son savoir dans une courte description du terme “secte”. Il rend compte des méthodes de travail des sectes et des souffrances que les gens risquent lorsqu’ils se laissent séduire par les promesses des gourous d’une nouvelle vie et d’un monde meilleur.

Enfin il donne une série de conseils aux parents et relations sur la manière dont ils peuvent aider les victimes des sectes à reprendre racine dans le monde extérieur lorsqu’ils se décident à quitter la communauté isolée et séparée du monde.

Cyril Malka attire dans son livre l’attention du lecteur qu’il sera souvent nécessaire de trouver de l’aide chez un psychologue, un analyste ou un docteur.

– Ça fait mal de sortir d’une secte, dit-il.

– Il faut changer sa manière de penser du tout au tout. Dans les sectes, on apprend à trier la réalité, de manière à ce que celle-ci corresponde à la vue du monde qui est dominante dans la secte. J’essaye au contraire d’apprendre aux gens à adapter leur vue du monde à ce qui se passe dans le monde de la réalité.

Si on a été membre d’une secte pendant plusieurs années, il est difficile de quitter le savoir et l’expérience obtenue pendant de nombreuses années. Dans un même temps, on est obligé d’abandonner le statut social qu’on avait. Tout comme on est obligé d’admettre s’être trompé sur des points radicaux de la vie, dit-il.

Tombé dedans quand il était petit

Cyril Malka est d’origine juive. Il s’est intéressé à la psychologie depuis l’âge de dix ans.

Mes parents étaient employés dans un hôpital psychiatrique, et la religion était un sujet souvent au débat chez mon père, c’est peut-être pour ces raisons que la psychologie et la religion m’ont toujours intéressé, mais j’ai seulement commencé à m’intéresser aux sectes lorsqu’en 1989, je me suis marié à une femme dont la famille était Témoin de Jéhovah, raconte-t-il.

– Je suis allé aux congrès et aux réunions dans la secte. C’est là que je me suis rendu compte que tous les Témoins de Jéhovah me donnaient les mêmes réponses, peu importe à qui je posais des questions. Ils avaient appris à penser de la même manière, dit-il.

D’après Cyril Malka, les sectes uniformisent leurs membres en les empêchant de se développer naturellement.

– Les sectes empêchent leurs membres à apprendre eux-mêmes les leçons de la vie et à être défiés par ceux qui pensent autrement. Les membres des sectes adoptent des règles et des normes qui créent une structure sociale qui fonctionne comme une société dans la société, dit-il.

Bien qu’il soit certain des effets nocifs des sectes, il a du mal à définir une secte.

– Une secte est un groupe qui se retranche du reste de la société. Bien entendu certains groupes peuvent se retrancher sans devenir sectes pour autant. Le plus important est le degré d’isolation du groupe et dans quelle mesure leurs enfants peuvent évoluer en contact avec le monde extérieur, dit-il.

Prisonnière d’un labyrinthe religieux

Rita Varmby peut aujourd’hui, après sept ans de thérapie parler d’une vie qui a été détruite par la mission, le New-Age et la Watch Tower.

De Morten Bonde Pedersen

La Bible en bandes magnétiques emplit tout le mur du fond dans le petit appartement de handicapé de Rita Varmby à Valby, Copenhague.

– Je me considère comme absolument chrétienne. Mais j’ai très peur des communautés et des organisations chrétiennes totalitaires, dit-elle.

Rita

Dès ses premières années à l’école, Rita Varmby, maintenant âgée de 52 ans a erré déboussolé du christianisme missionnaire jusqu’au New Age en passant par les Quakers et les Témoins de Jéhovah.

L’excursion religieuse se termina dans les années quatre-vingts avec une hospitalisation dans le service psychiatrique accolé du diagnostic maniaco-dépressif et schizophrénique.

– J’étais malade, car j’étais déboussolé. Je recherchais la vérité et le sens de la vie partout. Je voulais savoir pourquoi j’avais hérité d’une destinée d’aveugle. J’étais au milieu d’une crise existentielle, explique-t-elle.

C’est seulement il y a sept ans que Rita Varmby a réussi à sauter du manège. D’après elle, car elle est entrée en traitement chez Cyril Malka. Il est psychothérapeute d’origine freudienne et vient d’écrire un livre sur les sectes. Le livre a été mentionné dans une interview avec Cyril Malka dans Kristeligt Dagblad samedi.

– Cyril n’a pas touché à ma croyance en Dieu, comme d’autres thérapeutes auraient fait. Il n’a pas commencé par m’expliquer que ma croyance était une substitution de quelque chose d’autre. Il connaît bien les Témoins de Jéhovah et pouvait travailler la culpabilité que je traînais. Il m’a appris que rien ne sert, de se laisser paralyser par sa culpabilité, dit Rita Varmby.

La cécité est une punition

L’excursion religieuse a commencé lorsque Rita Varmby, à l’époque enfant au début des années cinquante a été envoyé dans un foyer pour enfants aveugles basé sur le christianisme protestant missionnaire, dans la ville de Kalundborg

– On nous a imprégné de cette idée que notre cécité était la punition de Dieu. Que nos parents avaient péché, et que c’est pour ça, qu’ils nous ont eu. On nous a élevés dans l’idée que Dieu est bon et que l’homme est méchant, explique Rita Varmby.

Elle met l’accent sur le fait qu’elle est en fin de compte heureuse d’avoir été élevée dans une école chrétienne, mais elle ajoute qu’elle n’a pas grand-chose de positif à dire sur la mentalité et la culture, dans laquelle elle a été élevée.

– J’ai été témoin d’un christianisme misanthrope et ascétique. Nous avions un professeur qui était très croyant. Si elle entendait l’un de nous dire un gros mot, ou si nous ne nous tenions pas bien, elle nous faisait mettre à genoux et prier Dieu de nous faire grâce. Elle était la représentante de Dieu. Elle pouvait maintenir une obéissance aveugle sans le moindre problème, explique-t-elle.

Bien que les opinions et les autorités soient dures dans l’institution, ce fut quand même là que Rita Varmby ressentit le premier conflit religieux dans son esprit.

– Au CP, on nous apprenait la création du monde comme étant une vérité qui était impossible à contredire. Mais plus tard, dans les autres classes, on nous apprenait l’évolution de l’espèce et de la théorie de Darwin. J’étais totalement déphasée!

Le trouble s’épaississait. Et lorsque, une fois devenue adolescente au collège de l’Institut des aveugles, elle se trouva, d’après elle, dans “un schisme horrible”.

– Je ne savais pas où trouver les réponses aux questions qui me tournaient dans la tête. J’étais habituée à des réponses claires et nettes du foyer pour enfants. Mais à l’institut, c’était presque l’opposé. Nous étions dans les années soixante et l’atmosphère était on ne peut plus lâche. C’était l’époque où les professeurs nous laissaient tout décider nous-mêmes.

J’ai commencé à étudier différentes religions et communautés religieuses, entre autres, les Quakers. Et ça, ça m’a mit un coup.

– Les Quakers croient qu’il s’agit d’entendre la voix de Dieu à l’intérieur de soi-même et de la suivre, que ça s’accorde avec notre vie ou non. Dans mon cas, ça m’a pour ainsi dire mené à l’aliénation. Je suis entrée en transe pour vivre la voix de Dieu. J’ai commencé à halluciner, raconte Rita Varmby.

Depuis elle a cherché le sens de la vie dans le pentecôtisme, à l’armée du salut et dans la société Martinus, inspiré de la théosophie. Les différentes théories portantes sur ce qui était vrai ou non l’ont mis hors d’état de contrôler ses esprits.

A simulé l’infidélité

À la fin des années soixante, Rita Varmby fut hospitalisée dans un hôpital psychiatrique. C’est À ce moment, que Rita, encore jeune femme, rencontra une femme plus âgée qui était membre des Témoins de Jéhovah.

– Avant que je sois hospitalisée, je désavouais les Témoins de Jéhovah. Mais cette femme me prit au sérieux et me porta de l’intérêt. Elle m’expliqua que Jéhovah allait créer une nouvelle terre où il n’y aura plus de mort, d’injustice ou de maladie, comme la cécité.

Lorsque Rita Varmby fut sortie, la femme avait veillé à ce que Rita puisse commencer à aller dans une congrégation des Témoins de Jéhovah.

– Mais lorsque je fus baptisé et membre en plein, plus personne ne s’intéressa à moi. J’ai rencontré la même religion misanthrope et ascèse que celle que j’avais rencontrée comme enfant. On nous apprenait encore une fois que le monde était méchant et qu’il fallait que nous nous en occupions le moins possible. Je dois admettre, que je trouvais ça difficile, explique Rita Varmby. Elle explique qu’elle vivait dans la périphérie de la congrégation.

– Je voulais être accepté, alors je me suis mariée avec un membre de la congrégation. Mais nous n’allions pas bien ensemble du tout. À la fin, j’ai laissé croire À la congrégation que j’avais été infidèle, et ça m’a donné l’occasion de sortir de ce milieu, dit-elle.

Bien que Rita fut heureuse de pouvoir parler avec des amis en dehors de la congrégation, sa vie était toujours “un enfer”, comme elle dit.

J’étais toujours en train de me débattre avec ces idées religieuses. Je suivis donc un stage à l’école supérieure de Daruplund, qui à l’époque, faisait beaucoup dans l’occultisme. Tout ceci m’attirait beaucoup, car ça m’avait été interdit par la mission chrétienne et les Témoins de Jéhovah.

À l’école supérieure, j’ai rencontré un homme qui m’a expliqué qu’il était analyste. En réalité, il s’est avéré être un charlatan. Mais à l’époque, il devint une nouvelle vérité, un gourou. Je le croyais capable de pouvoir répondre à tout. Il me demanda de lui dire tous mes problèmes, mes rêves secrets, et mes désirs. Je crois qu’il a surtout fait ça pour voir jusqu’où il pouvait me faire aller.

Mais j’étais en train de devenir folle. Je ne pouvais plus faire la différence entre ce qui était réel et ce qui ne l’était pas. Je me croyais poursuivi lorsque j’étais à la maison. J’avais des obsessions qui me portaient à croire que j’allais (au sens propre du terme) renaître. J’étais morte et vide à l’intérieur, dit Rita Varmby.

Elle raconte qu’au début des années quatre-vingt, elle était bourrée de médicaments et qu’elle entrait et sortait du service psychiatrique régulièrement.

Plus tard, j’ai essayé de me faire traiter à des endroits différents. Je croyais à la réincarnation et étais très orienté vers les nouveaux mouvements religieux. Je me tenais loin du christianisme, explique-t-elle.

C’est dans sa recherche pour la vérité que Rita Varmby rencontra le groupe d’aide aux anciens Témoins de Jéhovah. Peu de temps après, elle commença son traitement chez Cyril Malka, qui à l’époque était conseiller du groupe.

– Cyril saisit mon enfance et ma relation à mes parents. C’était très dur, explique Rita Varmby.

Une libre penseuse chrétienne

Après deux ans de thérapie, en 1994, elle fut capable de vivre une vie normale, sans médicaments.

Je suis heureuse d’avoir rencontré le bon thérapeute au bon moment. J’ai consulté d’autres thérapeutes qui n’ont pas compris mes problèmes avec les Témoins de Jéhovah et qui ne les ont pas pris au sérieux. Mais Cyril connaît plusieurs organisations religieuses de l’intérieur.

Il a pris ma vie à l’intérieur de l’Organisation en considération. Je pouvais tout aussi bien lui poser des questions aux limites de la religion, dit Rita Varmby, qui aujourd’hui travaille à Copenhague.

“- Je ne me suis jamais aussi bien senti que ces dernières cinq années. La thérapie m’a appris à vivre avec la croyance chrétienne et je vais de temps en temps à la messe à l’Église catholique. Mais je ne suis pas membre d’aucune communauté religieuse. Et devrais-je un jour le devenir, je choisirais sûrement l’Église catholique. Sinon je ne veux pas être membre de quelque organisation religieuse chrétienne que ce soit. Je suis plutôt un genre de libre penseuse chrétienne”, dit-elle.

Kristeligt Dagblad – le 26. Juin 1999 et le 30. Juin 1999.

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