En thérapie avec Dieu

Cyril Malka (2006)

(26/07-1999) – En tant que thérapeute, il faut être très prudent lorsqu’on touche la croyance et l’image divine du patient. Il faut reconnaître le besoin religieux et l’impliquer dans le traitement

Il y a quelques jours, Kristeligt Dagblad a publié deux articles sur la psychothérapie et la croyance (le 26 et le 30 juin) et sur le traitement des victimes des sectes.

Et ces articles, bien que donnant des réponses à certaines questions, en soulèvent d’autres. Par exemple, en tant que thérapeute, comment peut-on ne pas toucher à la croyance des gens ? Est-ce possible ?

D’abord, il nous faut ouvrir une petite parenthèse sur l’utilisation du vocabulaire.

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Je suis analyste. La psychanalyse a été inventée par Freud et comprend trois parties: des théories, une forme de thérapie et une méthode de recherche.

C’est à dire qu’un analyste ou un thérapeute peut utiliser la psychanalyse comme un outil, pour aider le patient.

Nous pouvons comparer ceci à un docteur qui utilise la chirurgie pour curer un patient ayant un grain de beauté qui a dégénéré. Ceci ne transforme pas le généraliste en chirurgien.

De même manière, les professionnels, habitués aux victimes des sectes, savent quand et à qui ils doivent envoyer les gens lorsqu’ils ont fait leur travail.

Du fait où il n’y a pas beaucoup d’analystes au Danemark, je ne peux pas m’autoriser à limiter mon article à cette branche. C’est pour cette raison, que je vais centrer cet article sur des considérations générales par rapport à la psychothérapie, que l’on propose aux victimes des sectes à pas mal d’endroits.

Ceci peut être des psychologues, des organisations de volontaires, des psychiatres qui utilisent la psychothérapie ou tout simplement des psychothérapeutes ou juste des gens qui donnent un coup de main aux autres qui se sont perdus dans une secte et en sont ressortis avec des cicatrices à l’âme et qui doivent maintenant être ‘raccommodé’.

En plus des termes psychothérapie et psychanalyse, il y a également deux autres termes où les gens s’embrouillent un peu, et que nous pouvons éclaircir.

Il s’agit de la différence primordiale entre ‘Dieu’ et ‘l’image divine’.

Nous parlons là de deux choses totalement différentes.

Voyez, par exemple, les athées savent toujours exactement à quel Dieu ils ne croient pas ! Ils n’ont absolument aucun doute.

Il nous faut différentier entre la religion et la science. La science a des théories, et c’est bien. Mais arrive un moment où la science répond à des questions comme : D’où venons-nous ? Pourquoi sommes-nous ici ? Que se passe-t-il après la mort ? Et là, la science n’est plus science, mais croyance.

Arrive un moment, où si nous continuons à poser des questions, nous arrivons à une réponse disant : C’est comme ça ! Nous arrivons à un dogme. Oui, peut-être : Des gaz différents se sont assemblés et arrivés à une explosion. Très bien. Mais les gaz, ils venaient d’où ? Les gaz étaient ! Donc, voici Dieu !

À un moment donné, nous arrivons à cette notion, à laquelle nous donnons un nom différent, et qui se montre de manière différente, qui se traite de manière différente et qui est la base d’une philosophie de base.

Et ceci est la plaque tournante : la philosophie de base de l’individu.

La question n’est pas : quelle est la manière dont mon père, ma mère m’a traité lorsque j’étais enfant ? Mais: Quelle est la leçon que j’en ai tirée ? Qu’ai-je appris ? Comment est-ce que je pense et comment ai-je appris à réagir ?

Même si on traite un enfant mal, le résultat n’est pas forcément déplorable. Et même si on élève un enfant selon toutes les règles de l’art (ce qui est impossible, car les parents étant êtres humains, ils ont tendance à faire des erreurs, tôt ou tard), il n’y a absolument aucune loi qui dicte que l’enfant deviendra harmonieux.

Tout ceci ne veut bien entendu pas dire que l’on peut traiter les enfants comme on a envie. Bien au contraire. Car bien sûr, le risque d’obtenir des adultes instables est plus grand si on les traite mal comme enfant. Mais il est important de retenir que dans ce domaine, on n’est sûr de rien.

Pendant la croissance d’un enfant, il se passe plusieurs choses. L’enfant a un développement psychosexuel, c’est exact. Mais il se passe plus que ça.

L’enfant a également, et en même temps, un développement de sa compréhension et de son langage. C’est ce qu’on appelle le développement cognitif.

Apparemment, l’enfant a également un développement religieux. Apparemment au rythme de son développement cognitif, et au rythme de la compréhension abstraite de l’enfant. Plus le langage de l’enfant est abstrait, et plus l’enfant se pose des questions existentielles. Par exemple : Nous venons d’où ? Que se passe-t-il lorsqu’on meurt ?

Les grandes questions se posent vraiment lorsque l’enfant arrive à l’âge de 11-12 ans.

Oui, bien sûr, beaucoup d’enfants se posent des questions auparavant, mais ils ne comprennent pas le concept ‘mort’ de même manière à l’âge de 5-8 ans, comme à l’âge de 12-13 ans.

On peut souvent entendre un enfant dire : je ne te parlerai plus jamais! Mais ils le font dix minutes après. Ils utilisent le mot ‘jamais’ mais ne sont pas vraiment conscients de son impact profond.

De même manière avec la mort. Les enfants comprennent que l’oiseau, le chien ou une relation meurt et ne sont plus là. Mais ils ne comprennent pas la profondeur de ce qui se passe.

Au début de l’enfance, les parents sont en fin de compte, des dieux. Le père et la mère sont ceux qui ont toujours été (- dis Papa, tu t’es battu avec des dinosaures ?), ils sont ceux qui sont, et ceux qui seront toujours. L’idée de la mort ou l’idée que les parents un jour peuvent disparaître est impensable.

Lorsque l’enfant devient plus âgé, il commence à penser de manière plus abstraite et comprends la mort. Il va y penser à un autre niveau, et dans ce cas, un Dieu peut-être un remplaçant équitable des parents, qui ne seront pas toujours là.

Cet édifice psychologique est donc l’image divine. Et cette image comprend plusieurs choses.

D’abord, elle est composée de l’évolution de chacun, c’est un fait, mais elle est surtout composée de la manière dont on pense. De la manière dont on comprend les choses. Par exemple la manière dont on comprend comment un ‘père’ doit être. Est-ce que le père doit être un punisseur ? Une personne donnant des limites ? Une personne derrière notre dos ? Où doit-il être une personne qui donne ce qu’on lui demande ? Est-ce que c’est une personne qui nous protège quoi que nous faisons ?

Mais tout ceci n’est pas Dieu! Ceci est notre vue, notre compréhension, notre conception de Dieu. Et il est important d’influer dessus sous la thérapie.

Ceci peut être très difficile, car les patients auront généralement trouvé des passages de la Bible (ou autre livre religieux) qui confirme leurs vues sur l’image divine.

Il faut donc être prêt à prendre des discussions théologiques de temps à autre.

Le danger est que dans le monde psychologique, on confond souvent Dieu et l’image divine, et de cette manière méconnaît la religion totalement et on la réduit à ce que la religion n’est qu’une manière d’exprimer l’image divine.

Bien sûr, la croyance du thérapeute entre en jeu. Mais elle le fait toujours, que le thérapeute se croie neutre, athée ou autre. Il est très important que le thérapeute ait suffisamment de connaissance sur lui-même, qu’il soit capable de différencier entre ce qu’il croit et ce qu’il sait.

J’aimerais ici avertir sur le danger qu’il y a, à croire que l’on pourrait détruire l’image divine en faisant croire aux gens que Dieu (ou une autre divinité) n’existe pas, et ne pas leur donner de remplacement.

Le danger dans ce cas est que l’on enlève le tapis sous les pieds des patients, mais qu’on ne leur donne rien d’autre sur quoi s’appuyer.

Je ne veux, bien entendu, pas dire ici, qu’il faut faire de la mission sous la thérapie. Mais le thérapeute doit se connaître suffisamment bien et être si conscient de soi, qu’il sait où il se tient et le dise directement au patient. Si on croit dans l’astrologie (certains psychologues y croient) ou dans divers produits naturels… Il faut donner cette information au patient de manière claire et compréhensible et ne pas faire comme si on était ‘neutre’ ou ‘irréligieux’.

Nous nous devons d’admettre que l’homme a un besoin religieux. Les peuplades différentes, loin de toute société se sont fait des dieux et divinités. L’homme a la différence primordiale de tous les autres animaux, d’être cherchant. Nous voulons savoir pourquoi nous nous trouvons sur cette terre. Nous voulons savoir ce qui se passe après la mort.

Nous ne connaissons aucune autre race animale ayant cet instinct chercheur. On ne voit par exemple aucun autre animal que l’homme qui enterre ses morts.

On a dit beaucoup de choses sur ce besoin religieux. Par exemple qu’il est implanté là, car nous sommes crée à l’image de Dieu ou bien que cela vienne que notre cerveau ne sait pas qu’il existe et que le cerveau se recherche. Ceci se termine en recherche religieuse.

Mais ici, et encore une fois, tout ceci se base sur la croyance. La théorie du cerveau à sa propre recherche n’est à ce jour, pas confirmée.

Donc, l’Homme a le besoin de croire en quelque chose. Ce ‘quelque chose’ est donc Dieu.

Et ce ‘quelque chose’, Dieu, quelle que soit sa forme, n’est pas la même chose que les représentations que nous avons.

Si par exemple, sous mon évolution, j’ai une image divine qui montre un Dieu punisseur, un genre de policier qui me laissera mourir si je fume une cigarette, ceci ne veut pas dire que Dieu répond À cette image. Nous pourrions dire qu’avec ces images, nous ‘tirons Dieu sur la terre’, nous le rendons humain. Il devient une réponse à nos idées, à nos anxiétés, à nos incertitudes.

Comme thérapeute, il faut faire très attention À ce qu’on touche là. Le plus facile est bien entendu de tout repousser en bloc, mais ça donnera des problèmes plus tard dans le traitement, car le patient attachera une valeur religieuse à autre chose. Dieu ne s’appelle plus Dieu, mais Marx, Freud ou Jung… Mais le problème est toujours là.

En somme : Psychologiquement, il nous faut admettre que l’homme a un besoin religieux. Ce besoin sera satisfait de différente manière. Et il est tout aussi dangereux de refouler le besoin religieux de l’homme que de refouler la sexualité de l’homme.

En bref, nous pouvons dire, que le thérapeute est obligé de tenir compte de Dieu en thérapie sous une forme ou sous une autre.

© 1999 – Cyril Malka. Publié dans “Kristeligt Dagblad” le 26 juillet 1999.

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